Vaccination obligatoire: l’autre côté de la médaille

Dans sa lettre à l’opinion du lecteur publiée le 9 janvier, le Dr Daniel Beaudry justifie son appui au projet de loi portant sur la vaccination obligatoire au Nouveau-Brunswick en citant différents exemples. Parmi ceux-ci il mentionne une épidémie de variole qui toucha la population de Montréal en 1885 et qui causa la mort de plus de 5000 personnes. Il rappelle aussi la tragique page d’histoire attribuée au général Amherst en 1763 qui, avec sa politique de distribution de couvertures infectées, aurait provoqué la mort de dizaines de milliers d’autochtones.

Bien que ces références historiques soient intéressantes, mon objectif aujourd’hui n’est pas de débattre l’histoire ou l’enjeu des vaccins. En tant que résidente de cette province, je tiens plutôt à offrir mon opinion sur ce projet de loi qui cible directement nos jeunes familles. Et, au lieu de parler d’événements qui se sont déroulés ailleurs, il y a 150 ou 250 ans, je préfère m’interroger sur ce qui pourrait arriver ici, au Nouveau-Brunswick, à compter de l’année prochaine si ces mesures sont adoptées.

Le projet de loi sur la vaccination obligatoire présenté par le ministre Cardy vise à interdire aux enfants l’accès aux garderies et aux écoles publiques de la province s’ils ne respectent pas l’ensemble du calendrier de vaccination établi par l’État. Ce calendrier recommande aujourd’hui à chaque enfant de recevoir 42 doses de vaccins avant l’âge de cinq ans pour être admis à la maternelle. Si le projet de loi est adopté, 38 doses deviendront obligatoires. Des doses supplémentaires sont également recommandées lors des années scolaires et avec l’adoption de ces mesures, l’État seul décidera quels vaccins deviendront obligatoires.

En questionnant le ministre Cardy sur le sort des familles ayant des réticences à respecter l’ensemble du calendrier de vaccination, le ministre a rétorqué aux médias que celles-ci n’auront qu’à les inscrire dans une école privée ou leur offrir l’école à domicile. Or, comme tout francophone de la province le sait bien, il n’existe aucune école privée francophone au Nouveau-Brunswick. Où ces familles enverront-ils leurs enfants M. Cardy? Au Québec?

Personne au ministère de l’Éducation ne semble vouloir confirmer le nombre d’élèves qui seraient touchés par ces mesures.

Parle-t-on de 200, de 2000 ou de 20 000 élèves? A-t-on réellement évalué l’impact du retrait potentiel de centaines ou de milliers d’élèves de notre système scolaire ou du départ possible de leurs familles vers d’autres provinces canadiennes?

Le climat d’hystérie et de confrontation entourant ce débat n’aide la cause de personne et certainement pas celle de la province qui cherche aujourd’hui désespérément à attirer de nouvelles familles.

Arrêtons donc de banaliser ce projet de loi en parlant uniquement de ses bienfaits sur la santé de nos enfants. Les effets potentiellement néfastes de ces mesures forcées sur l’avenir de ces mêmes enfants et de leurs familles doivent également être pris en compte.

Stéphanie Mallet
Grande-Digue