Allez-vous creuser la tombe de notre avenir?

Antoine Zboralski
Mathilde Thériault 
Bernard Fournier 
Symbiose, Moncton

Lettre ouverte adressée à Ginette Petitpas Taylor et au gouvernement fédéral sur le projet de mine Teck Frontier, qui serait la plus grande mine à ciel ouvert de sables bitumineux jamais exploitée.

Le moment de vérité pour le gouvernement de Justin Trudeau: leader ou cancre du climat?

La session parlementaire vient tout juste de débuter. Nos nouveaux élus ont reçu leur formation et devraient être maintenant prêts à assumer leurs responsabilités: gouverner le pays, assurer la sécurité et le bien-être de ses citoyens dans une vision à long terme.

En ce début d’année, marqué par le commencement d’une nouvelle décennie charnière, on a l’impression que l’alarme de la crise environnementale retentit partout sur la planète. Des feux dévastateurs en Australie, aux précipitations de neige paralysantes à Terre-Neuve, en passant par les inondations meurtrières en Indonésie et à Madagascar, la nature se déchaine après tant d’années où nous avons ignoré les scientifiques nous dire qu’il fallait réduire notre production et notre consommation d’énergies fossiles. Nous subissons actuellement un avant-goût de l’apocalypse qui nous attend si nous poursuivons notre consommation effrénée des ressources naturelles de la Terre.

Nous n’attendrons pas quatre ans pour voir ce que le gouvernement fédéral aura mis en place

Nous, citoyens et citoyennes, exigeons que nos députés interviennent immédiatement et de manière ambitieuse pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Chaque vote sur un projet de loi a une incidence sur notre avenir collectif. Nos députés ont la responsabilité et le devoir moral de prendre en considération les effets sur le climat avant de prendre une décision.

Rappelons que deux électeurs canadiens sur trois ont voté pour un parti qui a mis la lutte aux changements climatiques en priorité.

Justement, d’ici la fin de février, le gouvernement de Justin Trudeau rendra une importante décision: approuver ou refuser le projet Teck Frontier, la plus grande mine à ciel ouvert de sables bitumineux jamais exploitée au Canada. En superficie, c’est l’équivalent de deux fois la taille de la ville de Vancouver. Teck Frontier, c’est l’exploitation de 260 000 barils de pétrole par jour (soit 40 millions de litres), la destruction de 14 000 ha de milieux humides (45% de sa superficie), la perte irréversible de forêts anciennes dont certains arbres ont près de 100 ans, la violation des droits ancestraux des Premières Nations et la garantie que nous serons enfermés dans l’exploitation des sables bitumineux pour un autre 40 ans, avec tous les gaz à effet de serre qui l’accompagnent, soit 6 millions de tonnes de CO2 chaque année.

La commission d’examen qui a évalué le projet a conclu que la mine aurait des impacts «irréversibles» sur l’environnement et des effets néfastes importants sur les peuples autochtones, mais a néanmoins recommandé que la mine soit approuvée dans l’intérêt public, pour des raisons économiques…

Comment peut-on encore penser en termes de rentabilité économique des énergies fossiles alors que les géants financiers commencent à désinvestir des énergies fossiles, que les catastrophes naturelles coûtent de plus en plus cher aux contribuables (estimé à 100 milliards pour les feux de forêt en Australie), que le Canada doit subventionner les pétrolières et acheter un pipeline à 4 milliards $ parce que personne n’en veut?

Le 21 octobre, les électeurs ont donné une seconde chance à Justin Trudeau après l’achat honteux d’un pipeline. Il n’aura pas une deuxième chance. C’est le moment de vérité du gouvernement Trudeau, mais aussi de chacun de nos députés. De quel côté de l’histoire choisiront-ils d’aller: du côté des lobbyistes, pétrolières, gazières ou de celui de la sécurité et du bien-être des Canadiens et des Canadiennes?

Il n’est plus temps d’argumenter sur les changements climatiques. Nous en vivons déjà les conséquences, ici, au Nouveau-Brunswick, avec notamment des inondations historiques, l’érosion de nos côtes et des effets directs sur notre santé physique et mentale. Certes il nous faudra nous adapter à cette nouvelle réalité, mais d’ici là, il nous faut dès maintenant arrêter de jeter de l’huile sur le feu.

Mme Ginette Petitpas Taylor, députée de la circonscription de Moncton-Riverview-Dieppe, vous qui avez participé à la marche pour le climat à Moncton le 27 septembre, nous comptons sur vous pour bloquer l’approbation de la mine Teck Frontier.

* Symbiose est l’association étudiante environnementale et de justice sociale de l’Université de Moncton, campus de Moncton.