Choisir la rue Principale plutôt que Wall Street

Simon Ouellette
Moncton

Comment se fait-il qu’UNI Coopération financière n’offre-t-elle pas à ses membres des options d’investissement dans les coopératives et les entreprises acadiennes?

En discutant au téléphone avec un conseiller financier d’UNI, j’ai posé cette question: «Je cherche une manière d’investir dans le mouvement coopératif. Comment puis-je investir dans les coops d’ici?»

Je vous le jure, j’ai pu l’entendre écarquiller les yeux. Je parlais une langue étrangère.

J’étais pourtant en train de discuter avec un employé d’expérience, lui-même embauché par le plus grand joueur du mouvement coopératif en Acadie.

Croyant m’être mal exprimé, j’ai ensuite fouillé la page web d’UNI pendant près d’une heure, mais je n’ai rien trouvé.

Comme client, je peux ouvrir le portail en ligne d’UNI et y faire des placements liés au marché ou dans des fonds mutuels. On peut choisir le nombre d’années voulues, avec risques et rendements variables. On me permet aisément de filer mon argent «plus haut, plus loin» sur les marchés mondiaux. On peut même cotiser à son REER ou un CELI et du même coup investir chez les adversaires des Caisses, soit les banques comme la TD ou la BMO!

À ce jour, il n’existe pas de méthode facile pour le membre d’UNI à miser sur les coopératives, ou même dans les entreprises «ordinaires» de chez nous.

Dix ans passés, j’ai fait le choix conscient de placer mon argent à la Caisse populaire par patriotisme, par fidélité à la mission d’UNI, soit de «contribuer à l’autosuffisance socio-économique des Acadiens du Nouveau-Brunswick tout en respectant la langue française et les valeurs coopératives».

Oui, UNI fait déjà du bon travail auprès des Coops d’ici. Mais est-ce assez? Avec un actif dépassant les 4,2 milliards $, et plus de 1000 employés, ne serait-il pas cohérent qu’UNI rende la vie plus facile aux membres qui veulent voir grandir un écosystème coopératif vigoureux en Acadie?

Au Québec, Le Mouvement des caisses Desjardins gère ou participe dans une série d’outils d’investissements locaux performants. Pensons au Fonds de solidarité FTQ, au Fondaction CSN et la Caisse d’économie solidaire Desjardins. Tous favorisent l’investissement responsable dans les entreprises et coops du Québec, tant en ville qu’en région.

En 2012, la Fédération des Caisses a pourtant participé à la création du FIDA (Fonds intercoopératif de développement Acadie) qui visait justement cet objectif chez nous. Il reste encore trop négligé et oublié des conseillers d’UNI.

Des modèles, il y en a. Nous n’avons donc pas à réinventer la roue. Mais du «mieux que rien», on en a soupé en Acadie. Chez nous, il faut du développement solidaire, durable et ambitieux, comme le font les Basques avec Mondragon.

J’invite les administrateurs d’UNI à agir avec l’appétit et le courage que partageaient les fondateurs Livain Chiasson et Martin J. Légère: donnons-nous les moyens d’investir sur rue principale, plutôt qu’à Wall Street!