La pauvreté systémique

Réginald Boudreau
Grande-Anse

Beaucoup d’entreprises fonctionnent avec des employés à temps partiel. Ces gens travaillent de 25 à 30 heures par semaine, afin qu’ils ne deviennent membre de syndicat et n’aient ni avantages sociaux, ni bénéfices tels qu’assurances, fonds de pension, etc.

Ils travaillent un nombre d’heures qui les empêchent de combler le manque à gagner par un autre travail à temps partiel. Ils sont figés dans un état de dépendance envers leurs employeurs.

Impossible avec ce régime de financièrement devenir à l’aise, de sécuriser sa vie à court, moyen ou long terme. N’est-ce pas un régime de dépendance et soumission, un régime de pauvreté?

Poids des factures, obligations et inquiétudes sont leur quotidien. Pas de lueur d’espoir pour une vie qui prend son envol vers des jours meilleurs…

Très pernicieuse que cette façon de faire. Elle crée des situations dans lesquelles on est toujours à court de personnel.

On crée du stress, des maladies, des burn-out. On prive les employés d’exercer une profession ou un métier valorisant, pour des motifs de production, de productivité et de rentabilité.

Ces pratiques enlèvent la qualité de vie des gens, leur enlèvent une vie familiale, une présence avec les siens synonyme d’une vie saine.

Les employés ne trouvent plus de sens à leur travail, qu’on refuse de rendre attrayant pour des motifs de rendement et d’économie.

Pourquoi croyez-vous qu’il y a pénurie dans divers secteurs, dans l’enseignement, les soins de santé et autres?

Quand pour devenir enseignants, professionnel du domaine des soins de santé, ou autres, nos jeunes diplômés doivent faire du remplacement ou du temps partiel pour des années avant d’avoir un poste avec bénéfices, en les payant au salaire minimum et peu d’heures par semaine, créons-nous de la pauvreté?

Un fonds de pension qui commence sur le tard présage-t-il d’une retraite attrayante?

Pourquoi nos jeunes acceptent-ils des postes à l’extérieure de la province? Y voient-ils des possibilités qui sont de moins en moins existantes ici?

Que cherchent nos jeunes diplômés si ce n’est un travail valorisant où il y a possibilité de faire une vie qui permet l’accès à un certain confort, une certaine stabilité, à une vie valorisante?

Ces jeunes cherchent aussi une vie heureuse et fructueuse, une province où il est possible d’y faire carrière et progresser, une place où il fait bon y vivre.

Alors, cessons de penser uniquement aux sous, pensons à rendre le travail attrayant, intéressant et rémunéré décemment, qui soit une voie vers une vie heureuse au lieu d’un chemin de misère.

Ces régimes, instaurés par les employeurs et les gouvernements, les maintiennent-ils hors de portée d’une vie pouvant créer aises et sécurité?

Pour changer ce paradigme, il nous faut des employeurs et un gouvernement qui ont plus que des chiffres dans leurs prévisions, ils doivent y ajouter le bien-être de tous, avec humanité et respect des valeurs fondamentales d’une société pour tous et où il fait bon vivre.

En plus des prévisions financières doivent prendre place les prévisions humaines.

Si vous suivez l’actualité dans le monde, de plus en plus de gens proclament que le système ne les comble plus dans leurs besoins fondamentaux. Partout les gens demandent des conditions qui leur permettent tout simplement de vivre.

Quand on sait qu’environ 2000 personnes dans le monde contrôlent plus de richesse que les sept autres milliards, n’y a-t-il pas là matière aux changements?

Cette pauvreté incluse dans nos acceptations sociales dans la gestion de nos entreprises et gouvernement est systémique. Ont n’en a pas toujours conscience. Nous en faisons la promotion. Elle fait partie de nos modes de gestion, de calculs, de nos façons d’établir nos priorités.

L’entreprise privée et le capitalisme de par leur nature, ne sont pas la réponse à tous les maux.

Les gouvernements ne sont pas là pour les servir, mais pour nous servir, pour apporter une certaine répartition des richesses, une certaine justice sociale, un équilibre dans la possession et le partage des biens de la terre.

Que les décisions se prennent en ce sens dorénavant, si on veut que le monde change…