Fermeture des urgences et santé mentale

Claude Snow
Comité des 12

La décision de fermer les urgences, la nuit, dans six hôpitaux de la province est regrettable. Elle aura de graves répercussions pour ceux qui sont atteints de troubles de santé mentale graves et qui requièrent une intervention immédiate.

On estime qu’il se produit une trentaine de situations de crise par année, juste dans la Péninsule acadienne. Depuis que les services de santé mentale ont réduit leurs heures de service, la situation s’est aggravée.

C’est tout le système de réponse après les heures de bureau qui est remis en question. Auparavant, les services de santé mentale répondaient aux appels le soir et durant la fin de semaine jusqu’à 24h. Le service a éventuellement été réduit pour se terminer à 21h. Il n’offre plus de service actuellement après 20h. C’est la police et le personnel hospitalier qui doivent prendre la relève.

Les familles qui composent le numéro des centres de santé mentale en soirée ou durant la fin de semaine se font dire que s’il y a un danger quelconque, qu’elles doivent appeler la police pour qu’elle amène la personne en crise à l’urgence la plus près. Nous parlons ici de personnes qui sont dérangées, délirantes, barricadées et en danger. Elles sont souvent récalcitrantes à recevoir tout traitement.

Habituellement, elles ont cessé de prendre leurs médicaments parce qu’elles se disent qu’ils sont inutiles ou même nocifs. Leur état d’agitation est prononcé et elles parlent sans arrêt, mais leur discours est incohérent. Elles sont enfermées dans un monde irréel qui exerce une emprise sur elles. Parfois, des voix leur commandent de s’exécuter de telle ou telle manière. À cela viennent s’ajouter des idées de grandeur ou de persécution, de domination ou de rejet, l’impulsion de vouloir régler des comptes ou la peur d’être assassinées. Les pouvoirs extraordinaires qu’elles se donnent et les messages qu’elles disent recevoir peuvent conduire aux pires agressions.

Évidemment, si la personne en crise vit seule, sa situation est d’autant plus dangereuse, puisqu’il n’y a personne pour faire un appel à l’aide, surtout que souvent, elle a coupé la communication avec l’extérieur et que les proches ont cessé de venir la visiter. Si, de plus, elle consomme, le problème s’amplifie et le risque s’accroît.

L’assistance de la police est indispensable, il va de soi, dans de telles situations. Alors qu’il est tout à fait convenable de s’en remettre à la police pour conduire la personne en crise à l’urgence, lui demander de faire plus est lui imposer un rôle qui ne lui revient pas.

En lui demandant d’intervenir plus fréquemment parce que les heures de service des centres de santé mentale ont été réduites a déjà alourdi ses tâches. Lui demander de parcourir de plus longues distances pour se rendre à l’urgence devient nettement excessif.

Une fois amenée à l’urgence, il n’est pas certain que la personne sera vue en priorité, dépendant du résultat du processus de triage et la disponibilité des médecins, et on demande alors à la police de faire le guet, ce qui constitue une tâche de plus. Parfois aussi, on lui demande d’attendre que le shérif arrive, s’il est question d’amener la personne à l’unité psychiatrique.

Le système idéal, évidemment, serait celui où les heures de service des centres de santé mentale reviendraient à ce qu’elles étaient auparavant et où les intervenants seraient habilités à stabiliser la personne en crise, à évaluer l’urgence sur place, à consulter et rassurer la famille, à déterminer le type d’intervention qui s’impose et à consulter le psychiatre en appel, au besoin.

Confier ces tâches à la police, et éloigner ensuite les urgences, ne font que réduire l’accessibilité à des services essentiels et appauvrir un système de santé mentale déjà peu garni en effectifs et mal en point.