Le consommavirus, une maladie pour laquelle il n’existe aucun remède

Une maladie sévit à l’état pandémique sur la planète Terre. Le consommavirus est extrêmement contagieux. Il ne s’attaque qu’à l’espèce humaine et seule la minorité qui n’en est pas affectée en est consciente. Ce virus pousse sa victime à consommer toujours davantage sans égard des conséquences sur la santé de ses semblables ou celle de la planète.

Pour se protéger contre l’antidote remordium, l’infecté du consommavirus porte un masque, celui du faux alarmisme: «Je ne sais vraiment pas ce que je vais faire de tout ce fatras quand je vais déménager. Ma maison est pleine, mon garage est plein, je ne peux même plus entrer dans ma remise.» Mais le malade n’y peut rien, il fréquente les vendredis fous et, à la première occasion, il court acheter le dernier modèle de souffleuse, de véhicule tout-terrain ou de camion.

Les garde-robes et les tiroirs de commodes sont pleins? Pas de problème! On refile le tout à «Déjà-vu» (on allège du même coup sa conscience) et on remplace par du neuf.

La conséquence la plus redoutable du consommavirus est sans doute l’inconscience collective qu’il propage à l’échelle du globe. Ceux qui bénéficient le plus de la contagion ont même conçu un mode d’accélération de la propagation du mal: un système économique universel axé justement sur la surconsommation, le symptôme le plus évident de l’infection.

Il y a encore pire à l’horizon. Constatant que sa planète se meurt sous l’amas des détritus et que son espace orbital est pollué de milliards d’objets désuets, l’être humain cherche désormais une autre planète à exploiter et à polluer semblablement. Parce que, le cas échéant, son virus, il le transportera inévitablement avec lui.

Il n’existe apparemment aucun remède à ce mal. L’on ne peut que souhaiter l’arrivée miraculeuse d’un autre micro-organisme de virulence équivalente dont l’effet serait d’éveiller les consciences, partant qu’elles existent toujours après tous les ravages du consommavirus.

Cyrille Sippley
Saint-Louis-de-Kent