On a tué l’Enfant-Jésus, un documentaire que je n’aurais jamais voulu faire!

On a tué l’Enfant-Jésus est un documentaire que je n’aurais jamais voulu faire. J’aurais préféré que nous n’ayons jamais à livrer cette lutte pour conserver des acquis arrachés au rationnel politique désincarné qui, la plupart du temps, méprise les régions et ceux qui y vivent. En annonçant la fermeture de l’urgence de Caraquet – la nuit -, le gouvernement Higgs et le Réseau de santé Vitalité avouent leur incapacité à administrer efficacement les fonds publics dans l’intérêt du bien commun. Donnez-nous le budget annuel actuel consenti au fonctionnement de l’Hôpital de Caraquet et laissez-nous le soin de le gérer nous-mêmes! On ne pourra pas faire pire… avec de la bonne volonté, on peut aller tellement loin!

Il n’y a pas assez de cinéastes dans la Péninsule acadienne pour témoigner cinématographiquement de nos batailles; celles du passé, celles que nous livrons au présent et celles que nous aurons à gagner demain. Les citoyens d’Anse-Bleue mériteraient qu’on immortalise le combat qu’ils mènent afin de préserver l’intégrité de notre patrimoine maritime. Camouflés de vert, les monstres éoliens que la compagnie NAVECO essaie de nous enfoncer dans la gorge ne sont rien d’autre que le simulacre d’un soi-disant projet de développement durable et communautaire.

Sur un autre front, l’implantation annoncée de Maritime Iron, une compagnie de production de fer qui entraînera, potentiellement, le rejet de 2,3 millions de tonnes de gaz à effet de serre par année dans l’atmosphère, a de quoi nourrir un excellent scénario de film catastrophe. Et puis, évidemment, il y a LES IRVING. Une saga sur le féodalisme, l’or noir, l’argent et le pouvoir made in New Brunswick. Pourquoi pas? Tant qu’à faire, on pourrait carrément envisager une série produite et diffusée mondialement par Netflix.

Dans mes rêves les plus fous, j’imagine qu’on reprenne le projet insensé d’une province acadienne. Au nom de cette «science-fiction», je tasserais tout. Oui! Caméra au poing, je plongerais dans l’aventure pour transmettre à la postérité une trace de cet affranchissement salutaire. Au final, nous ne serions sans doute pas plus riches, mais au moins, nous serions maîtres chez nous. Gageons que ça ferait «un maudit bon film»: un Braveheart bien à nous où Robert Gauvin, lui-même, pourrait tenir le rôle du héros, incarné par Mel Gibson.

Je n’aurais jamais voulu tourner On a tué l’Enfant-Jésus, mais je suis fière que nous l’ayons fait. Ce film collectif est là pour nous rappeler qu’il faut veiller au grain. Quand on habite un territoire, qu’on le chérit, qu’on le comprend intimement, ce lieu nous nourrit, nous fait vibrer, nous inspire.

Je lève mon chapeau à tous ceux et celles qui luttent avec conviction pour une vie décente ici… et ailleurs. L’union fait la force. Restons solidaires.

Renée Blanchar
Cinéaste
Caraquet