La médiocrité au pouvoir

Dans une lettre précédente, j’avais dénoncé la médiocrité de la gestion des services de santé au Nouveau-Brunswick. La récente décision de fermer les urgences de six petits hôpitaux ruraux découle directement de cette médiocrité, de cette absence de leadership et, pire encore, du mépris envers la population rurale qui est déjà celle qui a le plus de difficulté pour obtenir les nécessaires services de santé.

Le gouvernement annonce ces coupures comme une façon d’améliorer les services. Je ne crois pas qu’il puisse démontrer cette affirmation de manière convaincante.

Je dis «gouvernement» parce que les directeurs généraux des régies sont les employés directs du ministre. Les conseils d’administration n’ont aucune autorité sur le directeur général et ne semblent pas avoir le courage de s’opposer à une décision insensée et cruelle. La cruauté est évidente et j’explique plus loin l’insensé de la décision.

Le gouvernement, le ministre de la Santé en particulier, est entièrement responsable. Il est responsable de cautionner les plans et recommandations de bureaucrates et consultants plus préoccupés par leur carrière, leurs profits et les dossiers politiques que par la qualité des services. La qualité, croyez-le ou non, c’est ce qui coûte le moins cher. Je parle ici des coûts parce que, on sait tous, que le vrai moteur derrière ces décisions c’est le budget et non la qualité des soins.

Je reviens sur «l’insensé» de la décision. Insensé parce que le résultat final sera contraire à leur objectif de diminuer les coûts. La littérature de gestion en santé a clairement démontré trois choses: la première, la centralisation coûte plus cher, démobilise le personnel et souvent diminue la qualité.

La deuxième, lorsqu’on utilise les meilleures pratiques les coûts diminuent. Ces pratiques comprennent la participation des patients et des familles, le travail en équipe interdisciplinaire et l’utilisation des outils informatiques et l’intelligence artificielle; ces pratiques améliorent l’efficacité et l’efficience. Les patients reviennent moins souvent à l’urgence, sont moins souvent hospitalisés, sont plus autonomes. Cette approche répondrait en partie au problème actuel de manque d’espaces et de pénurie de personnels. Si les clients viennent moins souvent à l’hôpital et sont moins souvent hospitalisés, on aura moins besoin de lits et de personnels de soir et de nuit. Le travail sur ces relais relève plus de la garderie que du travail thérapeutique. Ce personnel pourrait être déployé le jour où il serait plus efficacement utilisé. Bénéfice secondaire: il est plus facile de pourvoir des postes de jour que de soir et de nuit.

Enfin, la troisième, c’est le gaspillage: il y a plusieurs services dont l’utilité est questionnable et de nombreux processus sont sous-optimaux.

Je ne vais pas aborder dans cette lettre les coûts additionnels probables de cette décision dans le contexte actuel ni les conséquences pour les citoyens. Ces conséquences dépassent largement l’inconvénient pour les patients de nuits de devoir attendre au matin ou aller dans un hôpital régional. Le nombre de ces patients semble beaucoup plus élevé que les chiffres donnés par le ministère.

Nous avons de bonnes raisons d’être inquiets. Il faudra dépasser la colère transitoire pour mettre une pression en mode continu sur nos élus; quel que soit leur parti.

Actuellement ils sont plutôt les porte-paroles de leur parti politique pour nous manipuler. Alors qu’ils devraient être nos représentants pour défendre les intérêts et le bien-être des citoyens de leur circonscription.

Louis-Marie Simard
Cocagne