Huis clos, santé et langue dans l’espace public

Par hasard, hier, dans la salle d’attente d’une clinique externe du centre hospitalier universitaire Georges-L.-Dumont, je me suis fait expliquer pourquoi le tout nouvel écran de téléviseur était éteint. C’est la demoiselle qui réparait l’imprimante au comptoir où j’attendais mon numéro pour aller me faire prélever du sang qui me l’a expliqué. C’est, m’expliquait-elle, que l’archaïque imprimante de son poste ne se fait pas remplacer, alors que ce tout nouveau téléviseur et tous les autres écrans scintillants de l’hôpital, sont remplacés pour ne même plus servir.

Et pourquoi le tout nouvel écran de téléviseur de la salle d’attente de la clinique où j’attends ma prise de sang est-il éteint? Bien, parce que, paraît-il, les anglophones et les francophones se chicanent pour avoir la télé dans leur langue. Et, dans la bonne sagesse managériale de notre bonne régie de la santé Vitalité qui prend ses décisions à huis clos, on a décidé que pour éviter toute querelle linguistique, on allait simplement fermer le téléviseur: donc, vu que les anglophones veulent la télé en anglais alors que les francophones la veulent en français, on va trancher à l’acadienne, selon une sagesse à la Salomon ou au Bonaccord légendaire de la ville de Moncton: on va fermer le téléviseur. Ni anglais. Ni français. Voilà l’intelligence dont fait preuve la régie de santé Vitalité créée, avais-je cru, pour donner au français un peu plus de droit de cité dans cette province bilingue dont les régions anglophones ne savent probablement pas encore que ça existe la télévision en français.

Quelques minutes plus tard, le préposé qui me prélevait du sang me confirmait que le même genre de sagesse s’applique aussi dans une clinique externe de Dieppe où on a simplement cessé de diffuser de la musique pour éviter les querelles linguistiques. Si je comprends bien, c’est généralement comme dans les autres endroits publics de la région de Moncton: pour ne pas offusquer les anglophones, on se tait. On ne parle plus, où on se sert de l’anglais pour ne pas déranger la paix linguistique. Et quand je proteste, on me fait comprendre que je suis archaïque, vieux jeu, dépassé, rétrograde, voire raciste et intolérant.

Bon, heureusement, hier, à la caisse de l’épicerie à Dieppe la caissière parlait français. Ça n’arrive pas souvent que, à l’entrée de Dieppe, on a du service en français à cette épicerie. Aujourd’hui, c’était différent, et ça m’a enlevé une raison de me faire du mauvais sang.

Bonne santé, et excusez-la.

Jean-Guy Duguay
Moncton