L’avenir du système de santé doit faire l’objet d’un débat plus vaste

Nous aurons un sommet sur la santé. Merci, Monsieur le premier ministre. Voilà une retombée positive de l’émoi suscité par les changements annoncés au système de santé et leur annulation peu de temps après.

Espérons que ce sommet ne devienne pas l’occasion pour chaque intervenant de proclamer que tout irait bien si seulement le gouvernement voulait bien investir plus d’argent. Ou si seulement le gouvernement fédéral fouillait dans ses poches pour nous aider davantage. Ou si on redonnait à chaque collectivité la gouvernance locale de son hôpital.

La réforme d’un système, et plus particulièrement d’un système de santé, est source d’agitation chez toutes les parties concernées, peu importe de quelle façon les changements sont présentés. Pour aller de l’avant, nous devons tous reconnaître cette réalité, l’accepter et ne pas la laisser nous empêcher d’aller de l’avant.

J’espère que ce sommet portera non seulement sur les enjeux qui pèsent sur les régions rurales, mais également sur le fait que les hôpitaux régionaux font face à des réductions de 25 à 30% de leur capacité à servir chaque Néo-Brunswickois, en milieu rural ou urbain.

Dans notre province, chaque personne en attente d’une chirurgie majeure depuis des mois, voire des années, attend en fait qu’un lit se libère dans un hôpital régional.

Le hic, c’est que pour qu’un lit se libère, il faut qu’un patient dans ces hôpitaux régionaux obtienne une place dans un foyer de soins, un foyer communautaire ou un foyer de soins spéciaux. Les gens rassemblés au sommet doivent entendre la vérité: nous offrons à ces patients des soins inadéquats. J’emploie le mot «inadéquat» pour éviter d’employer un qualificatif plus dur.

J’avance cette affirmation non pas de gaieté de cœur, mais bien parce que la vérité doit être entendue. Ce qui semble avoir été perdu au milieu du tumulte causé par l’annonce, c’est que la majorité des changements proposés visaient à améliorer la capacité des hôpitaux régionaux d’accueillir des patients chirurgicaux en envoyant les patients en attente de soins de longue durée dans des établissements de transition de plus petite taille où l’on trouve des professionnels qui comprennent mieux les besoins particuliers de cette population de patients.

Nous avons besoin de vrais changements qui aideront les personnes les plus malades à être vues en premier. À l’heure actuelle, ce n’est pas le cas dans notre province.

Les participants au sommet ne doivent pas passer sous silence les conséquences de cette congestion dans les hôpitaux régionaux pour la planification, le recrutement et le maintien en poste des ressources humaines en santé.

Nous avons du mal à recruter et à maintenir en poste des professionnels de la santé partout, tant dans nos établissements en milieu rural que dans nos hôpitaux régionaux. Ces difficultés sont attribuables au fait que de 35 à 40% des médecins, des infirmières et infirmiers et des technologues de laboratoire médical seront admissibles à la retraite au cours des cinq prochaines années.

Où travaillent la majorité de ces professionnels? Dans nos hôpitaux régionaux.

Combien de chirurgiens, d’anesthésistes et de spécialistes viendront travailler dans notre province et y resteront s’ils peuvent seulement exercer leur profession à une capacité de 60%?

Ne sommes-nous pas conscients du fait que nos hôpitaux régionaux doivent fonctionner au maximum de leur efficacité pour garantir la prestation de soins de qualité à toute la population?

L’avenir du système de santé du Nouveau-Brunswick doit clairement faire l’objet d’un débat plus vaste. Nous devons remédier à notre manque de vision. Plutôt que de planifier ce qui nous attend en 2020 ou en 2021, nous devons regarder aussi loin que 2050 pour assurer la pertinence de nos prédictions.

Croyons-nous vraiment que les médecins et les autres professionnels de la santé voudront continuer d’offrir des soins dans des établissements conçus dans les années 1950, comme c’est le cas aujourd’hui? Si rien ne change dans les soins et la prestation de soins d’aujourd’hui, est-ce qu’en 2050, les patients continueront de les qualifier de «soins de qualité»?

En tant que conseil d’administration d’une régie régionale de la santé, la majeure partie de notre travail consiste à faire de la prévoyance, c’est-à-dire à planifier ce qui nous attendra dans 10, 20 ou 30 ans. C’est le secret d’un bon CA. Qui d’autre, en ce moment, se penche sur les besoins de la population néo-brunswickoise dans 30 ans?

Cela dit, le sommet ne doit pas porter exclusivement sur la santé en milieu rural. Les soins secondaires et tertiaires doivent être inscrits à l’ordre du jour, tout comme les améliorations aux soins aux aînés qui semblent avoir été longtemps évitées.

Si l’on se fie aux échos du système de la santé au cours des cinq dernières années, on pourrait penser que le secteur des soins de santé primaires était le seul qui avait besoin d’améliorations. Toutefois, si l’on continue sur cette lancée, les soins de santé primaires seront bientôt les seuls soins offerts par le système de santé du Nouveau-Brunswick!

Loin de moi l’envie de faire preuve d’arrogance. Seulement, nos élus, les CA des régies régionales de la santé et les professionnels doivent s’unir et proposer un plan public définissant la structure dont doit se doter notre système de soins de santé pour les 30 prochaines années.

Le public doit être consulté, certes, mais ne doit pas pouvoir mettre son veto à n’importe quelle suggestion qui menacerait le statu quo. La réalité, c’est que le statu quo est déjà une menace en soi, à l’heure actuelle. La tenue du sommet en juin pourrait être un moment charnière pour toute la population néo-brunswickoise.

John McGarry
Président du conseil d’administration du réseau de santé Horizon