La rationalité qui tue

Nous avons connu dernièrement tous les aléas de la rationalité. La réforme de la santé, annoncée puis annulée, en est un bel exemple.

La rationalité n’est pas toujours raisonnable, elle joue même souvent contre les exigences les plus fondamentales de la raison.

Considérer que dans la rationalisation figure la solution de tous les problèmes est un handicap majeur de notre civilisation et de nos gouvernants. Là ou ça piétine, il ya trop de rationnel et pas assez de coeur. La folie se cache derrière l’obsession et la rationalisation.

Prendre des décisions réfléchies, mais déconnectées de la réalité et du coeur de nos vies est inacceptable. Nous ne pouvons comprendre un problème en le réduisant à un ensemble de données comptables.

Si on se noie dans les calculs, on ne prend pas le temps d’entrer en rapport avec la vraie vie, la vraie réalité de notre province. On croit détenir toutes les réponses, détenir la vérité et savoir exactement quoi faire. Vous vous souvenez de l’intransigeance du gouvernement dans le dossier des coupures des urgences?

Calculer n’est pas réussir à penser, si on ne détourne pas notre regard des colonnes de données comptables. Au-delà des chiffres et de la rationalité se cache la complexité de la réalité de notre province, étant majoritairement rurale. La réalité ne tient pas sur une colonne de chiffres.

Oui, ces chiffres parlent, mais l’esprit devrait voir au-delà, sinon on peut tuer la vie. Un bon gouvernement va considérer le sens de la vie, de l’éthique, de la morale et des attentes des électeurs.

Dans notre société, au nom de la rationalité, sont mis des mécanismes, des méthodes, des protocoles ne tenant pas compte de la réalité humaine, de la ruralité de notre territoire.

On nous sert la brutalité d’une rationalisation managériale qui n’a que faire de la santé physique et mentale des citoyens.

Si on ne gère que par les calculs, il faut se rendre compte de la déshumanisation radicale que cela implique.

Nous avons besoin d’un gouvernement qui considère le facteur humain, le bien-être et la sécurité civile et morale des gens qu’il dessert. Un gouvernement qui cesse de nous énerver, ne nous met pas en danger, il n’est pas sous la dictature de l’efficacité et des financiers.

Nous ne voulons plus d’un gouvernement qui, pour être efficace et rationnel, n’a pas d’état d’âme. Nous voulons un gouvernement qui est prêt à créer les conditions pour laisser jaillir la vie dans toute son effervescence.

Un gouvernement qui a une âme, écoute et comprend ses citoyens.

Réginald Boudreau
Grande-Anse