Message au président de la FCFA, Jean Johnson

Quel plaisir de vous voir récemment réintroduire dans les médias, le dossier de la présence/absence des francophones sur le réseau de la SRC. Je vous félicite pour votre détermination, votre persévérance et surtout pour la pertinence de votre intervention.

Sachant que nous payons notre part de la contribution fédérale annuelle qui assure le fonctionnement de la SRC, les régions sont en droit de se retrouver à l’antenne. Qui plus est, la Loi de la radiodiffusion l’assure. Et si nous regardons de près les mandats des émissions de la SRC à la radio et à la télé, il est clairement écrit que le mandat de chacune est national. Est-ce que le mot national aurait pris un sens québécois ou encore montréalais?

Il y a une douzaine d’années, deux études ont été réalisées pour le compte de la Société nationale de l’Acadie sur la présence/absence des francophones au réseau. Les résultats de ces études étaient les mêmes que ceux révélés par votre organisme, il y a moins d’une semaine. Nous ne sommes tout simplement pas présents, ni hier ni aujourd’hui.

Sans former/sensibiliser de façon continue les artisans du réseau de la SRC à nos réalités régionales et à l’utilisation d’expressions inclusives, la SRC ne réalisera tout simplement pas son mandat national. Sans une prise de conscience du mandat national de la SRC chez ceux qui produisent des émissions et ceux qui gèrent cette institution publique, force sera de conclure que le réseau de la SRC, après 84 ans d’existence, demeurera incapable de représenter l’ensemble du pays et des citoyens qui s’y trouvent.

Pour nous qui regardons ou écoutons les émissions de la SRC, nous avons compris que ce réseau appartient aux Montréalais et ensuite aux Québécois. Lorsque les animateurs disent: «maintenant, revenons au pays», il faut garder à l’esprit que le pays, c’est le Québec. Lorsqu’ils disent «ici», il faut comprendre qu’il est question de Montréal. Lorsqu’ils parlent du ministre de l’Éducation, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de celui du Québec. Et lorsqu’ils daignent utiliser le vocable «canadien», certains le diront du bout des lèvres et on comprendra qu’il ne s’agit pas d’eux. Et nous continuerons d’observer qu’il est plus facile (et semble-t-il plus intéressant) de dépêcher un journaliste du réseau ou de se mettre en contact avec des journalistes étrangers dans les grandes villes européennes et américaines, que dans une ville canadienne hors Québec.

Les rappels faits à la SRC par les hors Montréalais sont nombreux et constants, d’année en année. La preuve de l’absence de volonté de la SRC ou plus fort encore, de leur inconscience à notre endroit, est visible chaque jour de l’année. Du haut jusqu’au bas de la hiérarchie, les niveaux de gestion sont nombreux à la SRC. Si au moins un de ces niveaux dans la chaîne de gestion et/ou de production faisait son travail avec le mandat national en tête, les artisans auraient à retourner à leur table à dessin, le produit serait repris et les réalités régionales seraient présentes dans les nouvelles versions des productions. Mais que voulez-vous, dans toute la chaîne de production et de gestion, personne ne tient compte du mandat national! En définitive, nous ne sommes là que pour les regarder et les écouter.

Après avoir rencontré et poliment écouté les doléances des représentants des communautés francophones hors Montréal depuis plus de 30 ans, les artisans et les gestionnaires retournent tranquillement à leur quotidien, la conscience tranquille, déterminés à continuer comme ils l’ont toujours fait. De fait, monsieur Johnson, il faut se rendre à l’évidence: la Maison de la SRC réalise ses productions en ayant en tête ceux et celles qu’elle voit à partir de ses fenêtres!

Très récemment, dans l’Acadie Nouvelle, je voyais qu’il était question «d’exigences» imposées à la SRC. Il me semble que l’expression n’est pas assez forte; il faudrait plutôt parler «d’obligations légales» imposées par la Loi de la radiodiffusion qui régit la société. Le Commissariat aux langues officielles a, à plusieurs reprises, voulu faire des études sur la SRC et l’absence des régions dans sa programmation.

Malheureusement, la SRC a toujours rétorqué que le contenu de ses émissions ne relevait que d’elle.

J’ajouterai que lors des émissions, genre soirée des élections ou encore débat des chefs, etc., la SRC de Montréal fait la preuve chaque fois, qu’elle n’arrive pas à accomplir son mandat national. Les réalisateurs et les animateurs ne s’intéressent tout simplement pas à ce qui se passe à l’extérieur des frontières du Québec. Combien sommes-nous à Moncton, à Halifax, à Sudbury, à Saint-Boniface ou à Victoria, à syntoniser la CBC pour obtenir un portrait de ce qui se passe à travers le pays? En fait, combien sommes -nous, chaque jour, à nous informer en regardant The National de la CBC?

Je vous encourage à garder ce dossier dans votre mire aussi longtemps que les progrès réalisés par la SRC ne satisferont non pas seulement les attentes des francophones hors Québec, mais également le mandat national qui incombe à chacune des émissions de radio et de télé.

La bataille dure depuis si longtemps; les citoyens en nombre important ont pris de nouvelles habitudes d’écoute. Quelqu’un doit continuer de veiller au grain.

M. Johnson, vous prenez souvent et depuis plusieurs années, le bâton du pèlerin. Vous méritez toutes nos félicitations.

Jeanne Renault
Moncton