Une obligation de qualité pour que cesse ce grand n’importe quoi en français

Quelques jours avant les élections fédérales d’octobre dernier, Jean Johnson, président de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, déplorait l’effritement des langues officielles au Canada et l’érosion de la place du français au pays (Effritement des langues officielles, effritement du pays, Le Devoir, p. B-11, 12-13 octobre 2019).

Pourtant, disait-il, près de 80% des Canadiens considèrent nos langues officielles comme une valeur fondamentale du pays; pourquoi donc la place du français s’y fait-elle plus petite? Tout ça 50 ans après l’adoption de la première Loi sur les langues officielles, pierre angulaire du bilinguisme au Canada.

À titre d’exemple, Jean Johnson citait l’élection de trois députés de la People’s Alliance à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick et la cause pour l’éducation en français en Colombie-Britannique, entendue en Cour suprême du Canada. Ces exemples sont certes très parlants, mais il y en a un autre qui, bien qu’il le soit peut-être moins, en dit tout de même long sur l’inquiétante diminution de l’importance qu’on accorde aux langues officielles – en fait, au français – au pays, je veux dire la piètre qualité des communications en français.

Dans le reste du Canada, le français qui nous est servi est en grande partie du français de traduction. On pourrait penser que les communications aux francophones seraient donc de bonne qualité; au contraire, l’importance de la traduction ne semble pas habiter la conscience de certains communicateurs quand on voit des horreurs du genre de celles dont nous a fait profiter voilà quelques jours la direction des Senators d’Ottawa (Les Sénateurs publient un message en français bourré de fautes, Acadie Nouvelle, 13 mars, p. 31.)

Jean Johnson dit qu’il faut renforcer la Loi sur les langues officielles pour freiner l’effritement de nos langues officielles, mais il faudra aussi éduquer le public à l’importance de la bonne traduction, qui est un gage de communications de bonne qualité.

En 50 ans, le français n’a pas perdu beaucoup de son statut de langue de traduction; il faudrait pouvoir compter sur la Loi sur les langues officielles pour faire évoluer les choses.

Évidemment, le français ne deviendra pas du jour au lendemain la langue de rédaction au Canada, et la culture du tout traduit continuera de s’imposer. Est-ce à dire que nous sommes condamnés pour toujours à devoir subir du français comme celui que nous sert la direction des Senators? La qualité du français en dit long sur son utilité. Pour cette raison, il faudrait trouver un moyen efficace d’imposer une obligation de qualité pour que cesse ce grand n’importe quoi en français.

Tant qu’il n’y aura pas au Canada une prise de conscience de l’importance de la qualité dans la langue des communications, le public de langue française continuera de se faire servir des monstruosités qui n’ont même pas l’air du français. Après 50 ans de bilinguisme, pourrait-on au moins commencer à avoir du français potable et voir poindre l’ombre d’un début d’encouragement de la rédaction en français?

Alain Otis
Dieppe