Nous avons besoin de voir nos dirigeants exercer leur leadership!

Je désire réagir à l’article intitulé La programmation spéciale de Radio-Canada s’attire des critiques, paru le 19 mars dans l’AN, qui m’a profondément déçue.

Étant du Nouveau-Brunswick, j’ai été plus qu’heureuse de recevoir l’émission de RDI et à l’heure où, habituellement, j’écoutais Radio-Canada Acadie. J’ai d’abord été surprise quant à l’horaire choisi, mais j’ai vite conclu que, compte tenu de la gravité et de l’urgence de la situation, on voulait s’assurer de rejoindre le plus de monde possible. Et comme les gens sont habituellement fidèles à leurs habitudes, ils seraient au rendez-vous à 18h.

J’ai beaucoup apprécié les informations transmises et la qualité des intervenants. Une équipe formidable, tant par l’expertise des personnes choisies que par l’exemple d’un leadership exemplaire de la part d’un premier ministre ayant à cœur le bien de ses concitoyens. S’il est vrai qu’on s’y adressait aux Québécois, l’information véhiculée, mises à part quelques décisions spécifiques au Québec, nous concernait tous et nous a permis à nous, francophones du Nouveau-Brunswick, de nous préparer psychologiquement et physiquement à la suite des choses.

On reproche à RDI «un contenu qui se penchait principalement sur le Québec alors que la COVID-19 se propage à travers le Canada.» Mais, aux dernières nouvelles, le virus se propage sur la scène mondiale! Il n’est ni québécois, ni acadien, ni américain. Au moins 90% du contenu de l’émission s’adressait à tout le monde: Québécois, Acadiens, ou autres francophones au pays. Et toute l’information sur le sujet nous est nécessaire. Alors qu’on se plaint qu’une émission de Radio-Canada passe avant l’autre…

On dit se tourner vers les chaînes anglophones… Mais pourquoi donc? Je comprends que l’idéal aurait été que de telles présentations se tiennent dans un contexte néo-brunswickois ou de l’Atlantique en français. Mais, qu’on me dise où je peux trouver, en Atlantique, une présentation en français du calibre de celle que RDI nous a fournie! Où sont donc nos leaders?

Où sont-ils? N’avons-nous pas un premier ministre, un ministre de la Santé, un ou une infectiologue du calibre du Dr Karl Weiss ou du Dr Horacio Arruda, suffisamment forts, crédibles, articulés et j’ajouterais même quelque peu charismatiques, capables de donner l’heure juste à la population, de la conscientiser à l’importance de prendre les précautions nécessaires, de parler des problématiques actuelles dans les hôpitaux, avec statistiques à l’appui.

La liste pourrait continuer ici, mais ceux et celles qui ont bénéficié de l’émission en direct de Radio-Canada sur la COVID-19 comprennent, j’en suis convaincue, ce qui aurait pu se faire et ce qu’il est toujours possible de faire. Nous avons besoin de voir nos dirigeants exercer leur leadership! Parler, expliquer, convaincre, obliger s’il le faut. Les dirigeants, unilingues anglophones, peuvent très bien utiliser la traduction. Il suffit de vouloir! La situation est grave. Les écoles sont fermées, les gens perdent leur emploi, la contagion nous guette et le système de santé risque d’en prendre un coup. C’est sans compter le risque au quotidien que prennent le personnel médical et les personnes qui nous fournissent en alimentation et services essentiels de toutes sortes.

J’ajoute que certains comportements à risque qu’on voit actuellement ne laissent rien présager de bon pour l’avenir. Oui, nous avons besoin de savoir ce qui se passe au Nouveau-Brunswick et de sources officielles. Rien de moins et dans notre langue (traduite s’il le faut). Nous avons besoin de sentir qu’il y a des personnes responsables qui gèrent la situation. Il faut éduquer et répéter sans cesse. Il y aura toujours quelqu’un à qui profiteront les points de presse. Si nous voulons sortir de cette crise le plus tôt possible, il faut éduquer la population à un nouveau style de vie.

Éduquer, c’est répéter et répéter encore. L’heure n’est pas au débat linguistique ou autre! L’heure est à la solidarité.

On écrit dans l’article que «nous avons au Nouveau-Brunswick, des journalistes capables de faire le travail». J’ose croire que ces personnes organiseront, dans les jours à venir, des points de presse structurés aussi bien que ce que RDI nous a présenté la semaine dernière, mais avec notre réalité.

D’ailleurs, je ne comprends pas pourquoi ceci n’a pas déjà été fait. Pourquoi pas un 10 ou 15 minutes au début de Radio-Canada Acadie, selon un modèle prédéterminé et annoncé à l’avance. Et pourquoi pas quelques minutes pour répondre aux questions reçues à l’avance?

Je comprends très bien le mandat pancanadien de Radio-Canada et les frustrations des provinces et régions mal desservies, mais je crois sincèrement que, compte tenu de l’urgence de la situation, ceci est, pour l’instant, un autre débat.

Estelle Dumont-Paillard
Edmundston