Moins de fusils qui font peur

Mon père avait un fusil pour tuer les animaux de la ferme. Malheureusement, il lui est arrivé aussi de s’en servir pour menacer sa femme et ses enfants.

Depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai une peur bleue des fusils. J’étais donc particulièrement soulagée d’apprendre que le gouvernement fédéral avait enfin trouvé le courage d’interdire au moins une sorte de fusils, ceux qui servent à tuer un maximum de personnes dans un minimum de temps. C’est ce genre de fusils qui a été utilisé dans de nombreuses tueries au Canada, y compris la dernière, en Nouvelle-Écosse.

L’attachement qu’ont certains hommes pour leurs fusils est tellement fort qu’il en est inquiétant. C’est comme si leur virilité en dépendait, comme si sans leurs armes, leur identité était menacée. Les études démontrent que la plupart des auteurs de tueries éprouvent de la haine envers les femmes. Le tueur de la Nouvelle-Écosse a d’abord agressé sa conjointe avant de faire son carnage. Tous les jours, ici même, au Nouveau-Brunswick, des femmes et des enfants sont terrorisés, avec ou sans fusil, par celui qui en principe devrait les aimer et les protéger.

L’interdiction des armes d’assaut laisse encore des milliers de fusils en circulation, ici même, au Nouveau-Brunswick. Ces armes continueront de servir la plupart du temps à tuer des animaux, mais parfois aussi à tuer des êtres humains ou à menacer de le faire. Les médias se chargeront de nous en informer. Mais en rendant les armes d’assaut illégales, si cela peut empêcher ne serait-ce qu’une seule tuerie d’avoir lieu, ça en aura valu la peine, non?

«Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère, et les soldats seront troubadours, mais nous, nous serons morts, mon frère», chantait Raymond Lévesque.

Bernadette Landry
Dieppe