Des casiers sans corde et sans bouée dès cette année!

Dans les prochaines semaines les quelque 400 baleines noires restantes dans l’Atlantique nord arriveront graduellement dans nos eaux, sous le regard attentif de plusieurs organisations, ONGEs, scientifiques et gouvernements. La raison de tout cet intérêt, c’est le risque d’empêtrement que peuvent représenter les engins de pêche fixes utilisés pour capturer le crabe et le homard. Protéger les baleines noires de la menace potentielle des engins se fait entre autres en évitant le chevauchement entre les baleines et les pêcheurs et en développant des technologies permettant d’atténuer les risques d’interactions ou de blessures.

La proportion de la population totale de baleines noires de l’Atlantique nord qui se rend dans le Golfe diffère d’année en année. Mais depuis environ cinq ans, c’est grosso modo entre le tiers et la moitié de la population qui visite ce territoire. Le problème, c’est que leur passage correspond aux quelques semaines où les pêcheurs pratiquent leurs activités dans la même zone générale. Contrairement à ce qu’on voit sur la côte est américaine où la pêche se déroule toute l’année, la pêche dans le golfe se fait de manière condensée sur quelques semaines. Un autre aspect-clé de notre compréhension de ce système, c’est que les baleines n’apparaissent pas toutes en même temps dans le golfe. Les plus téméraires entreprendront leur migration dans les prochains jours, mais la majorité arrivera plus tard, vers la fin-juin, et ainsi commencera une autre saison de coexistence intensive dans le Golfe du Saint-Laurent.

Plusieurs éléments nous permettent un optimisme prudent à l’égard de la saison qui s’amorce. Le premier réside dans la dynamique de la population de baleines noires qui augure bien cette année. En 2019, dix baleines ont été retrouvées mortes le long des côtes de l’Atlantique nord, alors qu’en date d’aujourd’hui (la saison des naissances se termine normalement au mois de février au large de la Floride), c’est dix nouveau-nés supplémentaires qu’on compte dans la population. Loin d’être un «baby boom», c’est tout de même deux fois plus de naissances que les deux dernières années combinées: 2017 (5 naissances) et 2018 (zéro naissance). Non seulement on a plus de naissances que les années précédentes, mais elles compensent l’entièreté de la mortalité de la saison estivale 2019-2020.

Ne pas partir en déficit pour une espèce qui suscite un tel déploiement d’efforts de conservation, c’est une très bonne nouvelle.

La principale raison pour laquelle cette saison qui commence est porteuse d’espoir, c’est qu’on a encore une fois la démonstration que le savoir-terrain des pêcheurs, qui sont aussi des experts de la mer, semble s’intégrer de plus en plus dans notre façon de protéger la baleine noire de l’Atlantique nord.

Les mesures de gestion mises en place cette année intègrent plusieurs des recommandations qui émanent des pêcheurs et de leurs précieuses connaissances.

C’est vrai autant pour les mesures de gestion spatiales que temporelles.

Finalement, cette saison s’amorce aussi sous le signe de grandes mouvances technologiques menées par des spécialistes innovateurs, en collaboration avec les pêcheurs et autres experts gouvernementaux et scientifiques.

Cette année, pour la première fois, des systèmes de casiers sans cordages («ropeless») seront utilisés PAR des pêcheurs, DURANT la saison de pêche, dans des zones fermées aux engins traditionnels.

En effet, sous un permis expérimental octroyé par le Ministère des Pêches et des Océans du Canada, 10 pêcheurs semi-hauturiers pourront ce printemps pêcher commercialement une ligne chacun de 10 casiers sans cordage, sans bouée. Ils pourront ainsi tester un système développé par Edgetech, une compagnie américaine de réputation internationale dans le développement d’outils scientifiques et de solutions technologiques sous-marines.

L’objectif de la pêche sans cordage commence à devenir tangible grâce à la collaboration, au dynamisme et à la créativité d’une panoplie de joueurs clés.

Là où il y avait pendant longtemps des contraintes et des dysfonctions, on voit maintenant des solutions et des succès. Tout ça nous permet de faire un constat plutôt réjouissant: on avance dans notre coexistence. Ça donne espoir.

La crise que nous vivons en ce moment partout sur la planète nous prouve à quel point on peut être créatifs et résilients face à l’adversité. Et comme dans n’importe quelle crise, nous n’avons pas le luxe de se passer de quelque idée que ce soit, ni de nous limiter à faire les choses à l’ancienne.

Nous avons sur nos eaux des gens d’une expérience unique, passionnés par la nature, qui aiment leur métier, avec tout ce que ça comporte, défis compris!

Lyne Morissette, Ph.D.
Écologie des écosystèmes & mammifères marins
Sainte-Luce (Québec)