Sortons de la pandémie avec une nouvelle relation à la nature

La COVID-19 pose des défis sanitaires et économiques sans précédent. Elle met à l’épreuve la détermination et la résilience de chacun d’entre nous ainsi que celles de notre nation. Dans toutes les sociétés, les crises ont le pouvoir de révéler des vérités, des défauts et de fausses croyances. La crise que nous traversons renforce l’importance de la famille, de la communauté, des soins de santé et de la sécurité alimentaire.

À l’origine de cette crise se trouve notre relation aux espèces avec lesquelles nous partageons notre planète. Les mois à venir seront l’occasion de réfléchir à la valeur que nous accordons à toutes les espèces, y compris la nôtre, ainsi qu’à notre lien au monde naturel.

La bonne nouvelle est que, malgré cette crise, la nature continue de nous fournir des services essentiels. Les milieux humides continuent de filtrer l’eau que nous buvons et de prévenir les inondations; les racines des arbres tiennent bien en place les berges des cours d’eau, ce qui empêche leur érosion. Dans nos villes, les arbres reprennent du service en purifiant l’air et en nous offrant leur ombre rafraîchissante.

Beaucoup de fruits et de légumes cultivés au Canada sont pollinisés par des abeilles domestiques importées. Avec l’interruption des importations, le rôle des pollinisateurs indigènes prendra toute son importance. Ils ne remplaceront probablement jamais complètement les abeilles domestiques, mais leur incessant travail au sein de nos écosystèmes agricoles contribuera certes à renforcer la sécurité alimentaire.

Les bienfaits de notre contact avec le monde naturel constituent possiblement le plus important service que nous rend la nature. Présentement, beaucoup de gens vont dehors prendre l’air. Il est prouvé que même le simple fait de regarder des photos ou d’explorer virtuellement la nature, voire planifier un voyage, peut avoir des bienfaits pour notre santé mentale.

Il fait peu de doute que la COVID-19 s’est transmise à l’humain dans des marchés d’animaux sauvages. Les appels en faveur de l’arrêt du commerce illégal d’animaux sauvages, y compris d’espèces menacées, se font de plus en plus nombreux. Cela contribuera à leur conservation et réduira la probabilité de nouvelles épidémies.

Les maladies et le déclin de la biodiversité sont des enjeux qui ne se limitent pas aux contrées lointaines. En Amérique du Nord, la propagation rapide de la maladie de Lyme a été liée à l’altération des réseaux trophiques (chaînes alimentaires interreliées) et des habitats, ainsi qu’aux changements climatiques. Le fait est que la perte de biodiversité et les changements climatiques entraînent non seulement la disparition graduelle de la nature, mais qu’ils génèrent aussi une incertitude qui menace notre sécurité, notre économie, et notre bien-être.

La nature constitue la fondation de notre société. Lorsque nous sortirons de cette crise, nous aurons l’occasion de reconstruire cette fondation. Dans le sud du pays, il est possible de restaurer la faune et les habitats naturels, tandis que dans le nord, nous pouvons conserver certaines des dernières contrées sauvages de la planète. Prendre soin de la nature, c’est prendre soin de nous-mêmes.

Explorer, connaître, partager votre relation à la nature est essentiel. Profitez de ce temps d’arrêt pour vous y connecter. Aidez les jeunes qui vous entourent à approfondir ce lien et à développer un amour pour le monde naturel. Cette relation vous changera. Et vous pourrez alors changer le monde.

Dan Kraus
Biologiste principal
Conservation de la nature Canada