Quelques questions importantes sur le revenu annuel garanti

La pandémie de COVID-19 a très durement frappé notre système économique dans son ensemble. Des millions de salariés ont perdu leur emploi ou leurs heures ont été réduites, les travailleurs indépendants ont perdu leurs contrats et les étudiants n’auront pas d’emploi cet été. Cette pandémie a mis au premier plan la vulnérabilité financière à laquelle font face les citoyens dans le cadre d’une crise. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de voix s’élèvent pour exiger un revenu garanti de base comme moyen pour empêcher les citoyens canadiens de sombrer dans la pauvreté pendant une telle crise.

Nous croyons qu’un revenu garanti de base peut être l’une des solutions pour la sécurité financière des personnes et des familles tout au long de l’année et non seulement en temps de crise. Mais avant d’entreprendre une réforme aussi importante, nous devons nous poser un certain nombre de questions.

La première est de savoir qui sera admissible à ce revenu garanti de base. S’agira-t-il de tous les adultes âgés de plus de 18 ans (30 millions au Canada) ou seulement ceux qui se situent entre 18 et 64 ans (plus de 23 millions)?

La seconde question consiste à savoir combien d’argent chaque citoyen recevra chaque année. Le Réseau canadien pour le revenu garanti propose un maximum de 22 000$ par année. Il se peut que ce montant soit pour chaque personne, ce qui coûtera plus cher, ou en fonction du revenu familial, ce qui coûtera moins cher. Le montant proposé est tout près du seuil de pauvreté pour une personne, selon la Mesure du panier de consommation. Le coût de ce programme serait dans les milliards de dollars.

La troisième question, qui payera pour cela? Il s’agira sans contredit du gouvernement fédéral, puisque les provinces n’en ont pas les moyens. Avec la pandémie de la COVID-19, nous avons vu des milliards de dollars sortir des coffres gouvernementaux, ce qui a alimenté l’argument que l’argent ne posera pas de problème. Il se peut que ce soit vrai, mais nous devons tenir compte que la présente aide financière est temporaire, alors qu’un revenu garanti de base est permanent.

Ceux qui proposent un revenu garanti de base disent que l’argent est déjà là. Selon eux, les gouvernements paient déjà au moyen d’avantages fiscaux, du crédit pour la TPS/TVH, de la Prestation canadienne pour enfants, de la Sécurité de la vieillesse, du Supplément de revenu garanti et des programmes provinciaux d’aide sociale. Ils proposent des impôts plus élevés pour les riches et des modifications en ce qui concerne les impôts des sociétés.

Deux des enjeux qui n’ont pas été abordés par ceux qui appuient un revenu garanti de base sont: 1) les services publics offerts à l’heure actuelle et 2) les emplois.

Si l’on englobe tous ces programmes publics en un seul, lesquels de ces services seront abandonnés? Par exemple, est-ce que le logement social et les suppléments de loyer seront encore offerts? La carte d’assistance médicale blanche pour les assistés sociaux sera-t-elle encore disponible? Les suppléments alimentaires spéciaux ou l’équipement spécial pour les personnes handicapées seront-ils encore offerts? Et ainsi de suite. Étant donné que tous les citoyens auront accès à un revenu plus élevé, faut-il comprendre que les services offerts aux individus et aux familles présentement disparaîtront? Sinon, y a-t-il des fonds pour le revenu garanti de base tout en continuant à fournir ces services?

S’il y a un revenu garanti de base, nous avons donc besoin de moins de programmes publics et de moins d’employés. Alors, qu’allons-nous faire de ces travailleurs dont les emplois seront touchés?

Pour ce qui est de la quatrième question, si tous ont accès au revenu garanti de base, le marché de l’emploi sera-t-il perturbé? Comme tout le monde le sait, il y a actuellement un besoin criant pour des travailleurs dans l’économie, que ce soit pour des emplois exigeant des études supérieures ou non. Certaines des raisons de ce besoin sont le vieillissement de la main-d’œuvre, le manque de travailleurs ayant les compétences requises ou le fait que certains emplois ne sont pas très attrayants.

Pour l’instant, tous les gouvernements dépendent de l’immigration et des migrants pour occuper ces postes. Quel effet aura un revenu garanti de base, qui assure un revenu mensuel garanti sans travailler, sur le marché de l’emploi, surtout à l’endroit des emplois à faible revenu?

La cinquième question: si tous ont accès au revenu garanti de base, quel sera l’effet sur le marché du travail? Qu’est-ce qui incitera les employeurs à offrir un salaire décent, surtout ceux qui donnent présentement de faibles salaires? Ne serons-nous pas en train de subventionner indirectement les employeurs?

Enfin, si nous avons des personnes qui gagnent un revenu garanti de base, y aura-t-il une augmentation du nombre de ceux qui font un travail sous la table, augmentant ainsi l’économie souterraine?

Nous croyons que ces questions doivent être examinées en profondeur, alors que nous lançons le débat sur le revenu garanti de base.

Jean-Claude Basque
Coordonnateur provincial
Front commun pour la justice sociale du N.-B.