Le Nouveau-Brunswick cassé en deux

En 1984, la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick m’a mandaté pour effectuer une étude sur la santé des francophones de notre province. Cette étude a duré une année et a produit trois volumes publiés aux Éditions d’Acadie.

L’hypothèse de la Société était que les francophones recevaient de moins bons soins de santé que les anglophones. Après plusieurs mois de travaux avec notre équipe, il nous était impossible de valider cette hypothèse.

Ce n’est qu’après avoir abandonné l’analyse sur une base linguistique pour adopter une approche géographique que les données ont commencé à parler. Nous avons découvert que le Nouveau-Brunswick se divisait en deux. On pouvait tracer une ligne de démarcation entre le Nord, plus rural, et le Sud, plus urbain.

L’hypothèse linguistique pour expliquer les écarts dans la qualité des soins de santé ne se confirmait pas. En d’autres termes, les anglophones et les francophones du Nord de la province se retrouvaient dans la même situation quant à l’accès à des services hospitaliers spécialisés dans leur région. Les deux groupes linguistiques devaient se rendre dans les villes du Sud pour obtenir certains soins. Là où les francophones étaient défavorisés par rapport aux anglophones, c’était quand ils devaient recevoir des services à Saint-Jean, à Fredericton ou à l’Hôpital anglais de Moncton. Dans ces circonstances, ils n’avaient pas accès à des services en français.

Pourquoi rappeler cette étude qui date de plus de 35 ans? La décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick d’éliminer des régions administratives et d’adopter une approche de centralisation plutôt que de décentralisation aboutit à accentuer les écarts entre le Nord et le Sud de la province. Il est évident que l’accès aux services gouvernementaux sera plus difficile pour les régions rurales et particulièrement dans le Nord qui comprend les comtés du Nord-Ouest, du Nord-Est et de la Péninsule acadienne jusque dans la Miramichi et le nord du comté de Kent.

La province est déjà divisée Nord-Sud, sur le plan politique au niveau de l’Assemblée législative.

Une autre tentative malheureuse récente qui consistait à fermer les urgences hospitalières la nuit dans des régions rurales, contribuait à accentuer les écarts Nord-Sud. Finalement le gouvernement provincial a fait marche arrière. Cependant, il semble s’acharner à maintenir ces écarts Nord-Sud, par différentes initiatives successives.

Pourquoi faudrait-il ajouter cet autre élément diviseur entre le Nord et le Sud? Pourquoi faut-il toujours se battre au nord de la Miramichi pour des chances égales? Pourquoi continuer à casser le Nouveau-Brunswick en deux?

Jean-Bernard Robichaud, Ph D
Pointe-Alexandre