D’humanisme et de compassion

M. Higgs,

Il ne m’était jamais venu à l’idée qu’un jour, j’aurais à écrire une lettre traitant d’humanisme et de compassion à un premier ministre de l’une des provinces ou de l’un des territoires du Canada, encore moins lorsqu’il devrait pouvoir bénéficier de sages conseils d’une médecin hygiéniste en chef provinciale, soit Dre Jennifer Russel. Toutefois, sous sa gouverne de la gestion de la santé publique, les décisions arbitraires prises par votre gouvernement quant à la définition de ce que constitue un service essentiel depuis le début de la gestion de la présente pandémie m’exhortent à le faire. L’objectif visé s’avère double. De un, mettre fin dès maintenant à des politiques et attitudes exemptes de compassion responsables de tristes événements tels ceux relatés dans les paragraphes qui suivent, afin évidemment de prévenir que d’autres en soient aussi victimes. De deux, vous faire part que l’Ombud du Nouveau-Brunswick, M. Charles Murray, recevra une copie de la présente. Celle-ci sera annexée à une requête enjoignant à Ombud N.-B. de procéder à une enquête dans le but de faire la lumière quant aux justifications ayant été à l’origine des décisions prises, ceci pour faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent plus. L’expérience déplorable que ma famille et moi venons tout juste de vivre est certes représentative du traitement auquel vous avez soumis et prévoyez encore soumettre des citoyens de votre province et des membres de leur famille immédiate résidant à l’extérieur du Nouveau-Brunswick. Les faits ci-dessous concernent le décès récent de mon père, mais comprenez bien que d’autres pourraient vous faire part d’expériences similaires vécues dans le cadre de la maladie et du décès d’un proche qui leur était tout aussi cher et de qui ils pourraient tout autant souligner les qualités humaines. Il serait d’ailleurs de mise qu’ils s’adressent alors eux aussi à l’Ombud, et en parlent également à leur député.

Mon père, Dr J. Perley LeBouthillier, un être qu’on pourrait à juste titre qualifier d’exemple de compassion, a pratiqué la médecine générale à Caraquet de 1958 à 1968. En 1968, il est allé se spécialiser à Québec en anesthésie-réanimation pour, par la suite, fournir des services dans cette spécialité aux patients de l’Hôpital Dr-Georges-L.-Dumont pendant 22 ans, jusqu’à l’âge vénérable de 70 ans. Le 14 mai dernier, à l’âge de 92 ans, il a été hospitalisé dans cet établissement, maintenant centre hospitalier universitaire, pour une insuffisance cardiaque et rénale en phase avancée. Le plan de traitement était alors de tenter de l’améliorer en vue d’un retour à domicile. Cependant, il était certes possible que ce retour ne devienne envisageable que pour des soins de confort de fin de vie. Dans une telle éventualité, ma mère aurait choisi qu’il finisse ses jours à la maison plutôt qu’il soit transféré à l’unité des soins palliatifs. Comme mon père était dans une unité de soins actifs, ma mère, âgée de 87 ans, qui s’était occupée de le soigner à la maison, de jour comme de nuit, au cours des quatre dernières années, n’a pas été autorisée à le visiter. Je vous rappellerai qu’à ce moment, il n’y avait aucun cas actif de covid-19 dans la province depuis au moins trois semaines. De plus, ma mère était asymptomatique, tout comme le reste de la maisonnée, soit ma sœur et son mari, et tous avaient suivi les consignes de prévention de base, mon beau-frère étant le seul à quitter le logis pour faire les courses. Par conséquent, le risque que ma mère ait été porteuse du virus de la covid-19 et puisse donc le transmettre était infinitésimal, pour ne pas dire nul, ceci sans même tenir compte qu’elle aurait continué de respecter ces consignes et aussi revêtu l’équipement de protection exigé pour les visiteurs déjà autorisés à entrer dans les unités d’obstétrique, de pédiatrie, de soins palliatifs et celle des soins intensifs, lesquels visiteurs ne pouvaient pourtant pas être moins à risque de transmettre la maladie qu’elle. Malheureusement, malgré le traitement institué, l’état clinique de mon père ne s’est pas amélioré, au point que les chances de survie à court terme s’amenuisaient et qu’il était à risque de décéder subitement à tout moment, comme l’est aussi le patient en phase terminale de cancer à l’unité des soins palliatifs ou que peut l’être un patient traité à celle des soins intensifs. Il était gravement malade donc, mais espérait une amélioration et pouvoir retourner à domicile. Une admission aux soins intensifs n’aurait en rien changé le traitement, et le plan de soins n’incluait pas une éventuelle tentative de réanimation en cas d’arrêt cardiorespiratoire, compte tenu de son état clinique et de son âge. Le 24 mai, mon père est décédé subitement. Cet homme qui a eu le coeur sur la main toute sa vie s’est éteint seul, sans que celle qui a partagé son existence 70 ans durant ait été autorisée à être présente pour la lui tenir à son dernier souffle, sans visite d’aucun de ses proches pendant ses dix jours d’hospitalisation, et ceci sans justification valable. Pour en être bien informé, croyez-moi, ma mère ne l’oubliera jamais.

Il n’est certes pas difficile de comprendre que s’il est essentiel que la conjointe d’un patient aux soins palliatifs soit autorisée à son chevet, alors que le risque qu’elle lui transmette la covid-19 ne peut être inférieur à ce qu’était celui de ma mère de la transmettre à quiconque, soit un risque infinitésimal, pour ne pas dire nul, il était tout aussi essentiel pour ma mère d’être près de mon père qui pouvait décéder subitement à tout moment. Le 11 mai dernier, un article du journal L’Acadie Nouvelle citait Dre Jennifer Russel, médecin hygiéniste en chef de la province, en ces termes: « Nous ne voulons pas que quiconque ait à mourir seul… » Eh bien, dans le cas présent, et peut-être dans d’autres similaires, vous avez failli à la tâche! Après une semaine d’hospitalisation, la médecin traitante de mon père envisageait qu’il puisse être transféré à domicile dans quelques jours. Toutefois, comprenant l’état précaire dans lequel il se trouvait, elle a demandé que ma mère soit autorisée à venir le voir, mais ceci lui a été refusé, sous prétexte que ce n’était pas permis par les règles du centre hospitalier, lesquelles sont dictées par le Bureau de la santé publique provincial. La décision quant à l’autorisation que des patients dans de tels états cliniques, non admis aux unités des soins palliatifs ou intensifs, puissent bénéficier de la visite d’un proche devrait être entre les mains du médecin traitant, qui connaît la condition de son patient, est à l’écoute de ses besoins à son chevet, est à même d’évaluer le risque de contagion de ses proches et est tout à fait au courant des mesures de protection requises. Cette décision ne devrait pas être entre celles de membres de comités qui siègent dans des salles de conférence à plus de 100 km du malade et font preuve d’une froide rigidité à cet égard. Il n’y a pas une seule personne à qui j’ai relaté ces événements qui a jugé qu’il a été justifié que mon père ne reçoive pas de visite de ma mère. Il est toutefois vrai qu’elles ne siégeaient pas au sein de votre cabinet ni de son comité! Vous savez, il est facile de refuser les visites à tout patient en soins actifs, quel que soit son état, sans discernement, sous prétexte de vouloir protéger la collectivité, mais le vrai défi de la gestion de la santé publique consiste en la mise en place de mesures suffisantes à cette fin, ayant en tête de brimer le moins possible les droits et besoins des individus. Plus simplement, on ne tue pas une mouche avec un canon. Ceci crée des dommages collatéraux désastreux et inutiles. Hélas! vous et autres décideurs ne l’avez pas compris. Ceci doit être dénoncé haut et fort.

Je me dois toutefois de souligner la compassion exemplaire démontrée par le personnel médical et paramédical lors des dix derniers jours de mon père et les remercie grandement pour le dévouement dont ils ont fait montre.

Toujours en ce qui a trait aux besoins essentiels, à mon grand étonnement, vous avez annoncé lors de votre point de presse du 4 juin dernier que les frontières du Nouveau-Brunswick seront désormais ouvertes aux citoyens canadiens pour assister aux funérailles d’un membre de leur famille immédiate. Cette autorisation émane du fait que l’on considère maintenant les funérailles comme un service essentiel. Il est certes essentiel que M. Yvon Turgeon de Baie-Comeau puisse assister aux funérailles de son fils, tout comme il a toujours été essentiel que Mme Lesley Shannon de Vancouver, M. Barry McCullough du Québec, Mme Tanya Augustine de l’Île-du-Prince-Édouard, Mme Chantal Leclerc d’Ottawa, les parents de Mme Chantel Moore à la suite son tragique décès à Edmundston ou tout autre membre de la famille immédiate d’un ou d’une défunte puissent le faire. Il est très décevant qu’il ait fallu l’intervention des médias pour que votre gouvernement en vienne à réaliser ceci. Peut-être aurais-je dû faire de même pour assister aux funérailles de mon père qui ont eu lieu le 1er juin, soit seulement trois jours avant votre annonce. L’article concernant la demande de M. Turgeon est paru dans la presse le 30 mai. Serait-ce que les funérailles d’un fils vous ont davantage influencé puisque, malgré toutes les pressions faites par d’autres, incluant celles que j’ai faites à partir du 25 mai, il n’a jamais été question que les frontières puissent possiblement être ouvertes incessamment aux fins de funérailles? Je pense qu’il vous sera utile de comprendre les implications de ceci. Comme je l’ai mentionné ci-haut, mon père est décédé le 24 mai. Ma mère a pu obtenir la date du 1er juin pour les funérailles. La province autorisait alors des funérailles en présence d’au plus 50 personnes. Il était donc prévu qu’elles se tiennent à l’église, ce à quoi ma mère tenait et que mon père aurait voulu. Puis, est survenue l’éclosion dans la zone 5. Les membres en autorité de votre Bureau de la santé publique ont craint, à juste titre, que cette récente éclosion ne prenne des proportions importantes, de par le nombre de contacts identifiés et de par la suspicion que certains contacts aient voyagé dans le sud de la province, au point qu’ils estimaient qu’il n’était pas impossible que la quantité de nouveaux cas positifs atteigne le total de cas positifs jusqu’alors, soit 120. Le nombre de personnes autorisées à des funérailles a donc été ramené à 10, au moins jusqu’au 4 juin. Ma mère a alors réservé la date du 8 juin plutôt que celle du 1er, espérant que 50 personnes seraient alors autorisées à y être. Toutefois, la crainte de ma famille a été que, compte tenu de la façon dont votre gouvernement avait géré cette crise jusqu’alors, vous annonciez l’interdiction totale de toutes funérailles à partir du 5 juin. Devant cette crainte, ma mère a conservé la date du 1er juin puisque mon père était embaumé et qu’elle ne voulait pas s’exposer à une possible simple mise en terre, sans funérailles. Ceci limitait évidemment le nombre de personnes à 10. Vous comprendrez que si on m’avait autorisé à assister aux funérailles, je n’aurais alors pu être en contact qu’avec 9 plutôt que 49 personnes, cet élément s’ajoutant à tous les autres que je mentionne ci-dessous pour ce qui était d’évaluer le risque que je puisse être à l’origine d’une nouvelle éclosion si cette autorisation m’était accordée.

La décision annoncée le 4 juin n’a certes pas été prise le même jour. À moins qu’on ne me donne une information contraire, je considérerai toujours que dès le 30 ou le 31 mai, elle avait déjà été prise. Il aurait certes été faire preuve de compassion que de m’autoriser à me rendre aux funérailles de mon père, lesquelles, soit dit en passant, ont été célébrées avec dignité dans la chapelle du salon funéraire. De même, une autorisation aurait dû être donnée à toute personne se trouvant dans la même situation que moi et ayant donc fait une demande officielle pour assister à des funérailles. Sachez qu’après avoir fait parvenir un courriel à Dre Jennifer Russel dès le 25 mai, courriel toujours sans réponse à ce jour, j’ai multiplié les demandes d’autorisation spéciale pour pouvoir m’y rendre, dont à deux reprises auprès du service que vous avez mis en place avec la Croix-Rouge canadienne. Je demeure à 30 minutes de la frontière dans le quartier Notre-Dame de Témiscouata-sur-le-Lac, au Québec, après avoir résidé 25 ans à Edmundston où j’y ai pratiqué la médecine jusqu’à l’été 2018. En date du 25 mai donc, jour où j’ai entamé mes démarches, je n’avais pas quitté mon lieu de résidence depuis au moins deux mois, sauf pour quelques visites à l’épicerie et à la pharmacie de Dégelis, ville frontalière avec le Nouveau-Brunswick. Après en avoir discuté tout récemment avec mon médecin de famille, il m’a confirmé qu’il n’y avait toujours pas eu de cas de covid-19 à Notre-Dame ni à Dégelis depuis le début de cette pandémie, information que j’avais d’ailleurs donnée en deux occasions aux aimables employés de la Croix-Rouge canadienne qui ont traité ma demande. Je leur ai aussi assuré avoir quand même respecté toutes les consignes de prévention, soit distanciation physique, lavage des mains, etc. Ces appels ont été aussi longs que 40 minutes. On m’a dit qu’on étudierait ma requête et essaierait de me donner une réponse en moins de 24 heures. Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir cette réponse seulement 40 minutes plus tard: demande rejetée! Comment a-t-on pu étudier sérieusement une requête d’une telle importance en si peu de temps? La réponse réside dans le fait que toute demande d’entrée dans la province à cette fin était d’emblée rejetée. Où est la logique de m’avoir fait perdre mon temps alors qu’un refus était la seule réponse possible? Étant donné que mon risque d’être porteur du coronavirus responsable de la présente pandémie était comparable à celui de ma mère, soit infinitésimal, pour ne pas dire nul, qu’aucun Néo-Brunswickois ne pouvait être moins à risque de le transmettre que moi, et que je m’engageais à respecter les consignes de base et à faire un aller-retour le même jour pour assister à ces funérailles à Shediac, où seulement dix personnes seraient présentes, comment peut-on justifier d’avoir d’emblée rejeté ma requête? J’ai pris connaissance de l’article du Telegraph-Journal en date du 29 mai sous la plume de M. Adam Huras concernant l’autorisation dont ont bénéficié les enfants de M. Louis Picard de voir leur père à l’unité des soins palliatifs de l’Hôpital régional d’Edmundston le 23 mai, avant son décès imminent survenu le 25. Je me réjouis pour les enfants de M. Picard et trouve tout à fait approprié qu’ils aient été autorisés à le voir. Toutefois, quelle justification a fait en sorte que deux d’entre eux provenant de la ville de Québec et l’autre de Cantley, une municipalité en banlieue de la ville de Gatineau, villes où le virus était nettement présent, la ville de Québec ayant même alors une courbe de nouveaux cas positifs ascendante, ont eu l’autorisation de traverser la frontière, de loger à l’hôtel et d’entrer dans un hôpital alors que, dans les circonstances décrites ci-haut, ma mère n’a pas été autorisée à voir mon père et que je n’ai pas été autorisé à traverser cette même frontière pour être présent à ses funérailles? De plus, il est certes logique que tous les enfants de M. Picard et sa conjointe aient vu comme essentiel d’être à son chevet, soit quatre personnes, mais comment justifier que pour tous les citoyens de votre province, le nombre de personnes autorisées à faire de même était alors limité à deux? Deux poids, deux mesures, donc. Pour la cohérence, on repassera.

Lors de votre annonce du 4 juin comme quoi les funérailles étaient maintenant un service essentiel, vous vous êtes contenté d’une phrase dénuée d’émotion, débitée sur un ton apathique, exempte de détails, sans égard pour ceux qui n’ont pu jusqu’alors bénéficier de ce service essentiel en raison de l’intransigeance sans justification crédible dont vous et autres décideurs avez fait montre. On a senti qu’il vous pesait lourd de faire une telle concession, laquelle n’a certes pas émané de quelque forme d’empathie que ce soit de votre part. Pour moi comme pour d’autres, le mal était fait. Vous auriez pu mentionner plus tôt la possibilité que les frontières soient ouvertes incessamment à cette fin, ce qui aurait permis à des gens dans la même situation que ma mère de peut-être prendre le risque d’attendre après le 4 juin pour fixer une date, en espérant que la décision rendue autoriserait à nouveau des funérailles en présence de 50 personnes, en plus de permettre aux membres de la famille immédiate venant de l’extérieur d’y être.

Pour m’être informé à nouveau auprès d’une gentille employée de la Croix-Rouge canadienne trois jours après votre annonce, soit le 7 juin, elle m’a répondu que rien n’avait changé, que les gens de l’extérieur devaient toujours faire une demande spéciale pour assister à des funérailles, qu’elle n’avait reçu aucun détail à ce sujet, qu’elle pensait que le changement annoncé ne prenait effet que le 19 juin et, qu’en plus, une quarantaine de 14 jours était requise. Comment peut-on annoncer une mesure si importante le 4, mais qu’elle ne soit pas applicable le 7? En s’excusant, elle a ajouté qu’elle se renseignerait davantage et me rappellerait dès qu’elle aurait l’information après son jour de congé. N’ayant toujours pas eu de nouvelles, j’ai rappelé le 11 juin et ai pu lui parler. C’est alors que j’ai appris que les employés responsables de traiter les demandes concernant cette question n’en avaient eu les détails que le 8, malgré que le changement avait pris effet le 6, et qu’un isolement n’était nécessaire que pour la durée du séjour. Je vous rappelle que je m’étais engagé à faire un aller-retour le même jour que les funérailles de mon père, lesquelles n’ont eu lieu que 5 jours avant cette prise d’effet. Comment aussi expliquer qu’en date du 11 juin, les funérailles étaient toujours interdites aux gens hors province dans le Plan de rétablissement du N.-B. sur votre site internet? Quel cafouillage! Il est heureux que le ridicule ne tue point. Si vous êtes habité d’un tant soit peu d’empathie, ce qui n’est pas de prime abord évident à la lumière de vos agissements récents, mettez-vous à la place de quiconque devait se rendre à des funérailles le 5, le 6, le 7 ou le 8 juin.

Comment expliquer, donc, qu’on n’ait pas autorisé ma mère au chevet de mon père? Quels critères a-t-on choisis pour décider que ceci n’était pas essentiel, alors qu’on juge essentiel, à juste titre d’ailleurs, que des conjoints, dont le risque de transmettre la covid-19 n’était pas inférieur à celui de ma mère, puissent être ensemble à l’hôpital pour vivre la naissance de leur enfant? Comment expliquer aussi que la présence de la famille immédiate aux funérailles d’un proche décédé n’ait été reconnue comme essentielle que si tardivement et qu’il ait fallu des interventions dans les médias, dont celle d’un père de famille qui voulait assister aux funérailles de son fils? Tous les services essentiels, par définition, sont essentiels, quel qu’en soit le jour. Comment la présence d’un proche à des funérailles pouvait-elle ne pas être essentielle au début de la crise et l’être maintenant? Qui plus est, comment aussi expliquer que l’annonce en ait été faite en même temps que celle autorisant à nouveau les gens à aller s’entraîner au gymnase, à se baigner dans des piscines ou à aller jouer au billard ou aux quilles?! Le retard que vous avez pris à reconnaître ce service comme essentiel, le moment choisi pour en faire l’annonce et le ton apathique, désintéressé que vous avez alors utilisé vous déshonorent. Comme l’a souligné M. Brabant du Québec dans un article tout récent de La Presse en date du 14 juin, « La covid-19 a tué la raison, a éclipsé le gros bon sens et la nécessaire recherche de solutions ». Le problème quant aux lacunes soulevées ci-haut a été que la décision a été prise conjointement par votre cabinet et son comité multipartite sur la covid-19, comme vous l’avez confirmé le 4 juin. Si ces décisions ont été prises à l’unanimité, il faut en conclure qu’il n’y avait pas d’humaniste ou de personne faisant preuve de compétence en éthique autour de la table. Dans le cas contraire, si certains y ont défendu mes positions, soit ils n’ont pas été assez persuasifs ou ont été victimes de l’intransigeance des autres. Je peux toutefois vous assurer que mon père aurait penché du côté de la raison et de la compassion, position qu’il aurait défendue bec et ongles. Remarquez qu’habituellement, on ne s’attendrait pas de devoir embaucher un humaniste ou un professionnel en éthique pour nous dire s’il est ou non essentiel qu’un proche hors province puisse assister aux funérailles d’un membre de sa famille, quitte à le soumettre à un questionnaire approprié, à exiger au besoin un test de dépistage négatif de même que le respect des consignes de base et qu’il s’en retourne le même jour. Pour toute personne faisant montre de jugement en la matière et de compassion, ceci est évident.

Je désire vous rappeler que le Nouveau-Brunswick fait partie de la fédération canadienne, qu’il bénéficie amplement d’en faire partie, et que les citoyens hors Nouveau-Brunswick ont droit au respect, tout autant que n’importe quel Néo-Brunswickois. Votre comportement envers les Canadiens qui résident hors de votre province n’est certes pas étranger à la discrimination que vivent actuellement les gens de la zone 5. Vous vous vanterez peut-être un jour de votre bilan quant au nombre final de cas positifs et de décès engendrés par cette pandémie, mais vous serez toutefois cité dans les annales canadiennes pour avoir causé à certains de vos citoyens et à ceux de l’extérieur un tort profond et durable, disproportionné aux mesures choisies pour atteindre l’objectif que vous vous étiez fixé, soit de protéger votre collectivité. J’espère avoir su vous convaincre de ne pas choisir de poursuivre dans cette voie et qu’une enquête approfondie saura expliquer les raisons qui vous ont mené à vous y perdre, ceci afin que de tels comportements restent à jamais histoire du passé.

Gilles LeBouthillier m.d., FRCPC

Témiscouata-sur-le-Lac, Qc