Les arts à l’école: une bouée de sauvetage

Les arts plastiques, les arts dramatiques, la danse, la musique, les arts médiatiques, la poésie et les autres formes d’art viennent satisfaire un besoin de beauté et permettent de faire face à la situation inhabituelle que nous vivons présentement en cette pandémie 2020.

Au début du printemps, de jeunes adultes m’ont témoigné que ce sont les Arts, grâce aux concerts de musique en ligne, expositions virtuelles et projets de création artistiques personnels qu’ils ont pu supporter le choc et les problèmes causés par l’apparition subite du virus de la COVID-19. Les domaines artistiques ont fonctionné comme des bouées de sauvetage pour plusieurs jeunes et moins jeunes qui se sont initiés à la guitare, à la couture de masques et à d’autres projets de création artistiques. Pour ce faire, une formation technique est habituellement requise et c’est là qu’entrent en jeu les cours d’art réguliers offerts en milieu scolaire. Ils servent aussi de tremplin aux élèves talentueux qui se destinent à œuvrer en milieu artistique et culturel provincial, national et international. C’est connu, pour exceller dans un domaine il faut se pratiquer et ça prend une formation de base solide. Le tout débute à la maison et se continue à l’école. Il en est de même pour le public d’art dont le développement de la conscience esthétique passe par une bonne formation artistique afin de dépasser le stade des « préférences ». Mais pour ce faire, les rudiments des divers domaines artistiques doivent être enseignés par des personnes formées dans ces domaines.

On annonce que des écoles manquent de locaux, car ils doivent s’adapter aux nouvelles normes de santé publique. Certains devront même occuper des classes d’art et de musique. Ce n’est quand même pas une raison pour mettre de côté les cours d’art réguliers offerts à l’école. Il s’agirait juste de trouver d’autres alternatives. Pourquoi ne pas enseigner les cours d’art à distance à l’aide des nouvelles technologies? L’art contemporain offre des pistes inspirantes en ce sens. Pourquoi ne pas profiter du beau temps cet automne pour enseigner les arts en plein air? Des projets individuels que se donneraient les élèves pourraient aussi être supervisés à distance. Grâce à leur imaginaire, les personnes enseignantes, formées en éducation artistique (ex. arts visuels et musique), en consultation avec leurs élèves auraient certainement des pistes de solution créatives et originales à proposer à leur district scolaire et au MEDPE.

Des études le confirment, l’enseignement de l’art c’est primordial pour le développement global des élèves. Pourquoi enseigner les arts à l’école? Prenons les arts visuels. Il est démontré que ce domaine contribue au développement de la créativité. Ça développe un niveau élevé de pensée critique et une capacité de résolution de problèmes de même que le sens des responsabilités, de l’attention, de la concentration et de l’autodiscipline; les arts visuels reflètent la vie et intègrent naturellement tous les autres domaines; permettent un rapprochement des pensées et du ressenti chez les apprenants et les apprenantes; active l’intelligence émotionnelle et motivante. Le domaine des arts dramatiques, quant à lui, fait partie de la vraie vie et prépare les élèves à gérer des problèmes; engage les élèves dans la résolution créative de problèmes et dans la prise de décision; contribue au développement de la communication verbale et du non verbal; aide dans certains cas à améliorer le bien-être psychologique des élèves et facilite le développement de l’empathie, de la coopération et du développement d’autres habiletés sociales; aide les élèves à considérer les perspectives morales et à développer des valeurs; c’est aussi une manière alternative d’évaluer en observant, en extériorisant. Quant à la danse, elle procure de la joie et contribue à améliorer la concentration, le sens des responsabilités et l’autodiscipline. Elle permet de développer l’expression personnelle, le concept de soi, la confiance et le leadership en plus de contribuer à la santé. La danse est un domaine artistique qui partit de la vie (ex. pensons aux moments de célébration dans nos vies). Comme les autres formes d’art, elle devrait faire partie de la vie scolaire. Quant à la musique, c’est un domaine artistique qui engage l’affectif avec les domaines cognitifs et psychomoteurs. C’est relaxant et ça rassemble. C’est aussi un véhicule pour apprendre et comme toutes les autres formes d’art, la musique contribue au développement de la fierté et de l’identité des élèves.

Bien que les arts à l’école soient présents dès la petite enfance dans les centres de jeux puisque ça amène vouloir apprendre pour jouer et qu’on retrouve parfois un peu d’intégration des arts aux diverses matières scolaires cela ne remplace pas la nécessité d’offrir une formation de base en art à l’école. C’est que les arts doivent être enseignés de manière régulière. On y enseigne par exemple les notions de base comme les concepts et les éléments de la danse; les éléments et les concepts de la musique; les procédés techniques de même que les usages sécuritaires des outils et matériaux en arts plastiques; les notions et les habiletés d’arts dramatiques. Les jeunes ont besoin de ce type d’éducation pour leur développement artistique personnel de même que pour le développement de leurs talents. L’éducation artistique à l’école donne aussi une chance égale aux élèves, car plusieurs n’ont pas la chance de se voir offrir des cours privés. Pour exceller dans le domaine des arts, il faut une formation solide, de la chance et beaucoup de pratique. C’est comme le monde des affaires, c’est compétitif. Donnons-leur cette chance!

Ne décourageons pas l’imaginaire des jeunes. Donnons-leur plutôt accès à un espace de création et offrons-leur un accompagnement solide de qualité. Cela, sur une base régulière grâce aux personnes enseignantes formées en musique, en arts visuels et dans les autres domaines artistiques.

Comme l’a si bien dit un jeune enfant d’une entrevue au Téléjournal Acadie du 16 juin: «s’ils devaient enlever les classes d’art à l’école je trouverais cela décourageant».

Lise Robichaud, PhD
Moncton