Le mal de l’absence

Êtres de chair et de sang avec nos cinq sens, nous sommes démunis quand arrive l’absence d’une présence. Toute personne endeuillée a besoin de s’exprimer. L’isolement rend le deuil intolérable quand on perd un être cher.

Par l’intériorisation, on se rend compte que le disparu vit toujours en nous. C’est toujours bénéfique pour l’endeuillé de se confier à un proche qui soit capable d’écouter son chagrin, dans une conversation d’empathie et d’amour. Depuis le début de la pandémie, mon service d’écoute se fait par voie téléphonique.

Julie* me raconte que l’homme qu’elle avait épousé, il y a cinq ans, a une liaison. Les conversations se sont poursuivies à plusieurs reprises. Au dernier appel, elle me dit que son mari a mis fin à sa liaison et que son couple recouvre une certaine harmonie. J’ai été étonné de la vitesse avec laquelle la situation a été réglée.

Philippe* est confronté au décès de sa sœur par suicide. Il n’arrive pas à se pardonner de ne pas avoir compris l’état émotionnel de sa sœur lors de son dernier repas avec elle. Le plus troublant; la nuit, il jongle avec l’idée de rejoindre sa sœur de la même manière qu’elle s’est enlevé la vie. Puis un jour ses appels ont cessé.

Marie*, elle, me demande comment qualifier un deuil quand il s’agit de la mort d’un enfant? Son fils est décédé subitement d’une rupture d’anévrisme à l’âge de 30 ans. Dans l’isolement, me dit-elle, sa souffrance est grande et il est très difficile de trouver une oreille attentive pour l’écouter.

Comment se fait-il qu’il soit aussi difficile d’écouter une personne en détresse à cause d’un décès? Quand on commence à s’exposer, à se raconter et à écouter la détresse d’un proche, il y a toujours un risque. Un deuil enfoui dans la mémoire peut refaire surface, sans que l’on soit préparé à l’assumer. Nous acceptons de moins en moins notre finitude et la mort de l’autre nous ramène à la nôtre dans un proche futur.

Comme aidant bénévole, je ne me sens pas investi d’une mission particulière. Je me rends disponible à l’écoute pour parler de la vie avec ceux qui pleurent la mort. Il me semble plus que jamais que l’on perd de vue ce qu’est le bonheur pour toutes sortes de raisons sociales.

Avec mes nombreux deuils, j’ai découvert un peu mieux ce qu’est la vie. La vie, ce n’est pas un nombre d’années. La vie, c’est l’instant présent. Le seul temps qui importe à la vie, c’est le présent, maintenant.

Dans la tranquillité du silence comme dans les périodes de tourment, concentrons-nous sur le présent pour le vivre simplement et sainement.

Le deuil, c’est le mal de l’absence, à ne pas confondre avec la culpabilité qu’est le mal de l’action. La frontière entre les deux est mince. (*Prénoms fictifs: NDLR)

Léon Robichaud
Shippagan