Soyons solidaires, pas seulement en vains mots, mais activement et sincèrement

En Acadie, lorsque nous faisons référence aux Premières Nations, au moins deux attitudes sont présentes (et contradictoires). Les personnes bien informées reconnaissent que les relations entre les colons de l’ancienne Acadie et les Mi’kmaq étaient bonnes, qu’il y avait des traités d’alliance et que sans ces alliés, des centaines, voire des milliers d’Acadiennes et d’Acadiens n’auraient pas survécu à la fois au climat nord-américain ni à la Déportation.

L’attitude est donc souvent à la sincère expression de respect et de reconnaissance envers les membres de l’antique Confédération Wabanaki.

Mais une autre attitude est aussi présente, plus ou moins fondée sur des décennies de tension communautaire, sur des préjugés racistes profondément enracinés, sur deux siècles et demi de relations désastreuses entre l’Empire britannique (puis le Canada) et les peuples autochtones de l’Amérique du Nord, sur des évènements plus récents qui ont ravivé des blessures et miné la confiance. Cette seconde attitude, nous la condamnons fermement.

Elle remonte à un passé de colonialisme, d’impérialisme, de violences, mais elle est aussi causée de nos jours par de fausses informations, par l’ignorance, par le manque d’empathie et par le racisme systémique présent de manière structurelle dans nos institutions (souvent repeintes, parfois réformées, mais jamais vraiment changées en profondeur).

La mort tragique de Chantel Moore à Edmundston et de Rodney Levi à Miramichi, tous les deux abattus par des membres des forces policières, a causé beaucoup de souffrance, et les enquêtes feront la lumière sur ce qui s’est passé. Mais nos institutions et notre gouvernement provincial semblent «dures d’oreille» quand s’élèvent les déchirants cris de détresse, d’indignation et de douleur de la famille des victimes et des membres des Premières Nations.

Ce n’est pas nouveau, malheureusement.

La situation acadienne, bien qu’incomparable en termes constitutionnels, historiques et socioéconomiques avec celle des peuples autochtones du Canada (Premières Nations, Inuit et Métis), devrait par contre nous faire réaliser qu’en tant que nation minoritaire «égale» en termes de droits linguistiques, mais on sait à quel point cela est fragile, et en tant qu’êtres humains doués de sensibilité, d’intelligence, de raison, de valeurs, bref, en tant qu’Acadiens, nous ne devrions pas hésiter à nous solidariser des Premières Nations.

Nous avons la chance d’avoir gagné des droits de haute lutte. Mais une chaîne n’est jamais plus forte que le plus faible de ses maillons. C’est pourquoi nous prenons garde les uns des autres et nous avons adopté une devise: «L’union fait la force.»

Notre force ne devrait jamais se replier sur elle-même, elle devrait toujours contribuer à des unions plus larges, à des actes de solidarité envers nos sœurs et nos frères humains qui nous interpellent dans leur détresse, comme aujourd’hui les Premières Nations.

En ce mois de l’Histoire des peuples autochtones et en marge du 21 juin, Journée nationale des peuples autochtones du Canada, instituée pendant le mandat d’un gouverneur général acadien, le regretté Roméo LeBlanc, toutes les Acadiennes et tous les Acadiens du Nouveau-Brunswick et d’ailleurs, ont selon nous le devoir de s’informer et de s’éduquer sur la situation des peuples autochtones du Canada, dont les Premières Nations du Canada atlantique.

Téléphonez à vos élus (fédéraux, provinciaux ou municipaux), écrivez-leur, faites-leur savoir que vous désirez en apprendre davantage sur les Premières Nations, que vous désirez voir des changements dans les relations entre elles et les institutions canadiennes, que vous avez, en tant qu’Acadienne et qu’Acadien, envie de contribuer au dialogue plutôt qu’au conflit ou au repli sur soi.

N’hésitez pas à contacter les communautés autochtones pour vous informer sur les ressources pédagogiques disponibles et sur les activités (comme les pow-wow et les «smudge») ouvertes au public auxquelles vous pourriez participer afin d’apprendre et d’expérimenter par vous-mêmes l’immense hospitalité, la profonde bienveillance et la beauté des cultures Mi’kmaw et Wolastoqey.

Contrairement aux idées reçues, de nombreux Autochtones sont francophones (voire bilingues ou trilingues) au Nouveau-Brunswick. Des livres, des films et des documents en français sont facilement accessibles en ligne ou à votre bibliothèque publique. Ce ne sont là que quelques actions possibles!
Soyons solidaires, pas seulement en vains mots, mais activement et sincèrement.

Alexandre Cédric Doucet
Sébastien Lord-Émard
Moncton