UNI sur le chemin du non-retour?

L’annonce surprise de fermer quatre succursales d’UNI, à Bas-Caraquet, Grande-Anse, Saint-Basile et Saint-Jacques, prive ces communautés d’un service essentiel et compromet la vision des fondateurs. On ne peut que déplorer que toutes ses décisions malheureuses se prennent en cachette derrière les portes closes, sans consultation, et que les membres ne soient plus traités comme des actionnaires d’une coopérative, mais comme de simples clients.

Lorsque nos pères et nos grands-pères ont créé les caisses, c’était pour répondre à un besoin criant des Acadiens d’avoir accès au crédit et d’encourager l’épargne. Ils avaient une vision pour le développement économique de leur communauté.

Mon père, Paul LeBouthillier, fondateur de la Caisse populaire de Bas-Caraquet, administrateur pendant 34 ans ainsi qu’un de ses présidents, nous ouvrait un compte de banque pour y déposer quelques sous pour commencer notre éducation financière, nous habituer à épargner en espérant nous aider à assurer notre avenir financier. Il a été un de ces pionniers qui a travaillé d’arrache-pied, comme plusieurs autres, en sacrifiant bénévolement son temps avec la famille pour faire avancer les caisses et se donner les moyens de nos ambitions.

Il semble qu’aujourd’hui UNI, comme elle s’est renommée pour jouer dans la cour des grandes banques fédérales, se prend pour la grenouille qui veut devenir aussi grosse que le bœuf. Eh bien, j’ai bien peur que le bœuf n’ait qu’à lever la patte sur la grenouille pour qu’elle s’étouffe sans personne pour lever le petit doigt pour la sauver. Voilà le pari périlleux que prend UNI maintenant qu’elle se coupe de sa communauté d’origine. Loin de sa base, point de salut!

C’est vrai qu’aujourd’hui nous avons de moins en moins besoin des caisses, car nous avons d’autres options. À ces nouvelles fermetures s’ajouteront d’autres départs de «membres», de la soi-disante coopérative, vers d’autres banques. Cela sera notre manière de protester. Héritiers de notre histoire douloureuse nous ne disons pas grand-chose, mais cela ne passera pas et restera bloqué dans notre gosier et dans notre portefeuille. Personnellement, j’ai toujours supporté les caisses acadiennes, même parfois à mon désavantage financier, justement parce qu’elles étaient acadiennes et avaient comme mission d’aider le peuple, mais là elles se coupent de sa base comme l’arbre de ses racines.

Nous sommes une caisse de communauté sur le terrain et virtuelle, une caisse de niche. C’est faire fausse route de penser qu’avec le nombre de membres et les avoirs financiers nous pouvons compétitionner avec les grosses banques.

Pourquoi ne pas avoir eu des consultations avec les communautés? Cela aurait permis de voir comment mieux les desservir avec une volonté réelle de mettre leur besoin avant le profit, car le profit viendra toujours, si on peut mettre les gens d’abord. Il y a beaucoup d’argent en Acadie qui dort dans les coffres de sécurité et dans les comptes de banque. Si on veut réellement prétendre fonctionner avec un modèle coopératif, il faudrait peut-être avoir une stratégie d’encouragement pour mettre cet argent au service du développement économique du peuple acadien.

On sait tous que le monde est en train de se transformer et qu’il faut s’adapter. On voit aussi que les règles de l’économie du marché s’essoufflent et qu’un nouveau modèle va émerger. Est-ce que les caisses populaires vont continuer de suivre la mode des grandes institutions financières, comme ça semble être le cas présentement, plutôt que de réinventer un nouveau modèle de coopération financière adapté à la réalité des Acadiens et Acadiennes d’aujourd’hui?

«Tout passe» comme disait la chanson chantée par les Acadiens sur le chemin de la Déportation, souhaitons que les caisses ne sont pas déjà sur le chemin de ce non-retour.

Lucie LeBouthillier
Bas-Caraquet