La pandémie du cœur

L’ancienne présidente de Médecins sans Frontières, la Dre Joanne Liu, en parlant de son travail en Afrique de l’Ouest dans le contexte de l’épidémie d’Ebola, disait ceci: «On s’est fait tous pardonner nos erreurs, mais la seule chose que l’on ne s’est pas fait pardonner c’est d’avoir laissé mourir les personnes seules.»

Comme des milliers de Néo-Brunswickois, mon épouse et moi vivons le drame d’avoir à prendre soin de personnes qui a un moment crucial de leur vie sont coupées de tout contact avec leurs êtres chers. Sans nier d’aucune façon le caractère tragique de la COVID-19, ne sommes-nous pas à développer une seconde crise aussi grave que la première en laissant nos aînés dans une détresse psychologique sous le prétexte de les protéger de la COVID? Sans rejeter le blâme sur les employés de ces institutions qui ne font qu’obéir à des directives venues d’ailleurs, on semble avoir mis de côté toute notion de sens commun et d’humanité, en appliquant à nos foyers de soins des normes qui semblent surgir directement du système carcéral. Rencontre aux deux semaines, dans une petite chambre isolée pour moins de 30 minutes. Je vous le dis: si rien n’est fait dans l’immédiat pour redonner aux aidants naturels un accès plus libre à leurs parents, nous nous dirigeons directement vers une catastrophe humanitaire dont les conséquences dépasseront largement celui de la COVID-19.

Deux choses doivent être faites le plus rapidement possible: d’abord, trouver une solution pour que les aidants naturels, qui ne demandent que cela, soit réintroduits dans la vie quotidienne de leurs parents. Si nous pouvons entraîner des centaines de personnes pour garder les frontières entre les provinces, il me semble qu’il serait réaliste de pouvoir instaurer un système par lequel chaque patient est assigné à un aidant, qui non seulement pourrait leur relever le moral, mais pourrait réduire d’autant la charge de travail des employés.

Deuxième suggestion: ramener dans les foyers de soins l’élément communautaire qui en a fait au fil des ans des endroits où on était tous fiers d’y placer nos parents. Ceci peut se faire en ramenant avec toutes les précautions qui s’imposent les bénévoles dont on réalise aujourd’hui la contribution à une vie normale et agréable dans nos foyers. Si les autorités provinciales mettaient une priorité à redonner un accès quotidien, mais contrôlé aux aidants naturels, nous éviterons ainsi la tragédie qui nous attend. Pour reprendre encore une fois les propos de Joanne Liu, qui disait: «Quand cette pandémie sera terminée on se souviendra peu du fait que l’on a évité la COVID dans nos foyers de soins, mais on se souviendra malheureusement que certains de nos parents soient morts de chagrin!» Ça presse!

Bernard Thériault
Caraquet