Un terrain très glissant

M. Robert Moreau et membres du conseil d’administration d’UNI, à titre d’anciens présidents de la Caisse populaire de Grande-Anse, nous tenons à vous exprimer notre opposition à la fermeture de notre point de service.

Depuis la restructuration des Caisses populaires acadiennes sous une seule caisse avec charte fédérale, beaucoup de rumeurs de fermeture de caisses populaires, maintenant appelées points de service, ont circulé. Plusieurs de ces rumeurs se sont confirmées.
Tous s’accordent à constater que l’environnement financier d’aujourd’hui est très différent de celui du passé. Invariablement, ces turbulences mènent ou peuvent mener à des changements administratifs et/ou structurels.

Toutefois, le mandat original du Mouvement des caisses populaires acadiennes depuis ses débuts n’était pas la recherche des profits. Le mandat était de permettre au peuple acadien de se doter d’un outil économique qui leur appartenait, qui était géré par eux et leur permettrait d’avoir un contrôle sur leurs finances et ce dans leur langue. Naturellement, cet outil économique se devait d’être rentable pour survivre.

La Caisse populaire de Grande-Anse avait toujours été un exemple pour le mouvement, que ce soit au niveau de la gestion, de la rentabilité, des réserves, des ristournes et de la confiance de ses membres. Les choses se sont gâtées au fur et à mesure que la réorganisation a débuté. Voici quelques exemples des amputations que la Caisse populaire de Grande-Anse a subies au cours des dernières années:

– Absence d’une gérance à temps plein;

– Réduction des services;

– Élimination des services;

– Réduction des heures de service;

– Installation d’un guichet automatique qui ne permet pas les dépôts.

Notre caisse a littéralement été étouffée et dépouillée jusqu’à ce qu’elle ne devienne plus rentable. Ni l’achalandage ou la solidarité des membres n’a mené à cet état des choses. Notre institution a été sacrifiée sur l’autel du développement. La fermeture de notre caisse qui avait toujours été rentable et citée en modèle faisait partie d’un plan de restructuration que les membres ne connaissent toujours pas d’ailleurs.

L’impact sur les membres est très important et se fera sentir, que ce soit au niveau de l’offre de service ou de l’appartenance. Ne vous leurrez pas, il y aura des conséquences. Elles ne seront peut-être pas immédiates, mais se produiront. La force des Caisses acadiennes a toujours été la solidarité et la fidélité de ses membres. Vos actions sont en train de fragiliser cet équilibre très fragile dans un monde financier très compétitif. À taux d’intérêt égal, la fidélité des membres est cruciale pour conserver la clientèle.

La fermeture de notre caisse a été effectuée de façon cavalière par des dirigeants et administrateurs avec peu ou pas d’empathie. Vous vous êtes engagés sur un terrain très glissant. Quand la caisse populaire ne sera plus différente d’une banque, quel sera alors l’outil pour continuer la réussite?

Nous vous demandons d’engager un dialogue ouvert et transparent avec les membres afin de conserver l’offre de service active à Grande-Anse.

Et de grâce, ne nous dites que vous allez nous donner le bâtiment. Il appartient déjà aux membres de la Caisse populaire de Grande-Anse qui l’ont construit et payé.

Paul-Émile Landry
Bertrand Desrosiers
Émile Albert
Raymond Basque
Grande-Anse