Génocide forestier par arrosage au glysophate

Le samedi 18 juillet, en page 11 de l’Acadie Nouvelle, passait l’annonce de l’épandage d’herbicide de 4500 hectares de Forêt acadienne, par Acadian Timber, le 6 août prochain, pour y imposer l’épinette de l’industrie.

Si les jeunes pousses de hêtre, de chêne ou d’érable à sucre sont exterminées, qu’en est-il de tous les microorganismes qui sont essentiels à l’existence d’une forêt?

Nous pourrions pourtant exploiter des ressources renouvelables bien connues des forêts, telles que le bois d’ébénisterie, les champignons et les sèves. Il y en a certainement d’autres, car on nous prouve constamment que nos connaissances sont imparfaites.

Toutes les formes de vie sur la planète forment un continuum, que les premiers peuples ont appelé la Terre-Mère. Les espèces ancrées, comme le sont les arbres, n’ont pas le choix de déménager comme nous le ferions, nous animaux et humains, si un danger menaçait notre existence et notre essence. On évacue en cas d’incendie et les animaux s’enfuient, on renforce nos digues et nos sous-sols contre les inondations ou on se réfugie dans les hauteurs, on porte un masque en temps de pandémie. Toutes ces mesures de protection collective ne sont pas disponibles pour les arbres. Leur collectivité naturelle, la forêt, s’exprime différemment partout sur la planète. Ici au Nouveau-Brunswick, la botanique planétaire a pris la forme d’une forêt mixte, où se côtoient les érables et les sapins, les chênes et les mélèzes, les épinettes et les frênes. On lui donne le nom de Forêt acadienne ou de Forêt wabanaki et ses richesses s’enfoncent dans le sol jusqu’aux limites habitables par la flore et la faune microscopiques, dans la plus grande partie des Maritimes, du Maine et du sud du Québec.

Or certaines entités d’exploitation de nos forêts prétendent qu’il n’y a aucun mal à procéder à l’extermination locale, mais sur de larges zones forestières, d’une importante partie de cette flore et de cette faune. Au Nouveau-Brunswick, cela se pratique souvent sur les terres de la Couronne. Mais la Couronne, c’est nous, collectivement. Nous sommes donc les propriétaires des forêts sur les terres de la Couronne et le gouvernement en est le fiduciaire. S’il autorise le génocide forestier par arrosage au glysophate, le gouvernement du Nouveau-Brunswick nous cause un préjudice collectif qu‘il vaut mieux subir, on le constate, que d’essayer de changer la façon de faire de l’industrie.

L’usage des herbicides pour éliminer tout ce qui nuira aux plantations d’épinette et autres bois mous est une aberration d’origine commerciale et opère une destruction quasi irréversible, donc le génocide, de la Forêt acadienne/wabanaki.

L’harmonie vivante de la planète en est la victime et notre inaction collective et individuelle a des goûts de cendre.

Monique D. Arseneault
Moncton