L’esprit du COR fait-il toujours partie de l’actualité nationale?

Je me rappellerai toujours ma confrontation à Fredericton avec la formation politique anti-bilinguisme du Canada qui portait alors le nom de la Confederation of Regions.

Comme fondement philosophique, ce parti préconisait que la meilleure façon de garantir l’unité sociale et politique de notre pays était d’avoir une seule langue officielle, l’anglais, au lieu du français et de l’anglais. Si vous aviez été présents à cette soirée, vous auriez été émerveillés par les chaleureux applaudissements des 500 personnes présentes et leurs fréquentes ovations à l’exception de Mme Lucille Collette, de quelques autres francophones faisant partie du groupe des curieux y compris l’auteur de ces lignes!

L’esprit malsain de COR n’est pas tout à fait mort. D’après un récent sondage Léger effectué en mars dernier, les réponses ne m’ont nullement surpris.

Au moins 31% des réponses indiquaient qu’ils seraient mieux que la langue anglaise soit la seule langue officielle du Canada. Par contre, deux tiers des répondants favorisent le bilinguisme officiel.

Parlons maintenant de nos propres francophones du Nouveau-Brunswick qui incarnent, sans s’en rendre compte, l’esprit du Confederation of Regions. Pour le constater, circulez dans les différentes communautés acadiennes de la province. Vous noterez qu’en vous rendant dans les belles communautés acadiennes de Saint-Antoine, de Bouctouche ou de Shédiac comme dans les autres beaux villages acadiens à majorité francophone, l’affichage commercial est souvent à prédominance anglaise. On n’y invite pas les Acadiens ni les Acadiennes à faire leurs achats chez eux. D’ailleurs, M. Merville Landry l’a déjà souligné dans une de ses lettres.

Dans le système scolaire, ne remarque-t-on pas un phénomène semblable? Un assez grand nombre de nos jeunes choisit l’école anglaise au lieu de la nôtre. Rendez-vous, m’a-t-on révélé, à l’école anglaise de la Miramichi. On y accueille avec joie des jeunes écoliers francophones de Baie-Sainte-Anne. N’y a-t-il pas aussi des jeunes de Saint-Paul qui fréquentent l’école anglaise à Moncton?

En terminant, j’aimerais savoir combien de nos familles francophones et acadiennes sont abonnées aux journaux anglais et francophones au Nouveau-Brunswick.

Je n’ai aucune objection à ce qu’elles reçoivent et lisent les journaux anglais, mais je trouverais cela indécent qu’elles se privent de notre seul quotidien provincial, l’Acadie Nouvelle, un excellent journal. Autrement, si les familles appuient le journal anglais et rejettent le nôtre, les enfants interpréteront-ils pas que l’anglais est prioritaire au lieu du français? La conséquence est nettement prévisible. Ils seront portés à bénéficier du système scolaire anglophone et à mettre de côté le nôtre.

D’ailleurs, chaque année, lors de la collation des diplômes, je constate que plusieurs élèves francophones reçoivent leurs parchemins du système scolaire qui n’est nullement le nôtre.

Alcide F. LeBlanc
Moncton