Bravo aux employés de Rideau Hall

Des employés de carrière ont soit quitté leur emploi ou sont en congé de maladie à cause de l’ambiance toxique qui règne à Rideau Hall. Ils sont au moins seize à avoir subi du harcèlement et de l’abus verbal de la part de la gouverneure générale, Julie Payette, et de sa secrétaire, l’avocate Assunta Di Lorenzo, celle qu’on dit être le «pit-bull».

Certains employés ont travaillé pour plus d’un gouverneur général et n’ont jamais vécu pareille situation. On leur crie par la tête, on les rabaisse et on les humilie publiquement, le tout accompagné de réactions explosives, de crises de colère et d’éclats d’émotion.

Un sondage, effectué auprès des fonctionnaires fédéraux, en 2019, révèle que ce milieu de travail – Rideau Hall – compte parmi les trois pires de tous les ministères et les agences du gouvernement en matière de harcèlement. Il n’y a pas là de quoi être fier. De plus, rien ne semble avoir changé à ce sombre tableau.

Un peu partout, on met en place des politiques pour empêcher ce genre de comportement, et voilà qu’à Rideau Hall, on est loin de servir de modèle.
Selon le reportage de la CBC, il ne s’agit pas d’un cas isolé. On parle d’attaques constantes sur ceux et celles qui travaillent dans l’entourage de la gouverneure générale. Dans ce reportage, une des victimes avoue que, quand un travail ne plaît pas complètement à madame Payette, elle le lance en l’air en s’écriant «de la merde».

Lors des voyages de retour de visites d’État, elle réunit son personnel pendant des heures, pour critiquer leur performance quand chaque détail n’a pas été à son goût. Certains éclatent même en sanglots.

On dit que madame Payette éprouverait de la difficulté à s’adapter à ce nouveau rôle, elle qui est une personne à caractère plutôt privé, paraît-il. Cela ne lui donne pas cependant le droit de s’en prendre à des employés consciencieux, compétents et dévoués qui tentent par tous les moyens possibles de rendre sa tâche plus facile.

Si tout ce souci et cette considération ne sont pas assez, qu’elle ait le courage de quitter le poste et d’aller œuvrer ailleurs.

On dit qu’à presque chaque réunion du personnel, il lui faut trouver un bouc émissaire. Elle demandera, par exemple, à l’un ou l’autre des employés de dire combien de distance il y a entre le soleil et la lune supposant que cela ait une quelconque pertinence pour l’ordre du jour.

Elle demandera à d’autres de nommer toutes les planètes du système solaire. Et, quand il n’y a pas de réponse, elle se plaît à ironiser et dire: «Je t’ai eu!»
Il lui faut, selon certains collaborateurs, démontrer qu’elle est plus capable que les autres et qu’elle en sait plus qu’eux.

Alcide LeBlanc, dans son opinion du 27 juillet, demande aux lecteurs de ne pas juger. Espérons qu’il n’entend pas, par là, demander aux gens de se taire. Certains milieux de travail auraient plutôt tendance à vouloir cacher ce genre de choses.

Il fait état de la formation académique et scientifique de Julie Payette et des nombreux doctorats honorifiques qu’on lui a décernés. Fort impressionnant, mais cela n’a rien à voir quand un individu, en l’occurrence la gouverneure générale, empoisonne son milieu de travail. Des employés disent être passés d’une atmosphère des plus collégiales et des plus agréables à l’horreur. Selon eux, il s’agit de tyrannie et de harcèlement à son comble.

Le monde a changé. Les injustices et les comportements inacceptables font vite leur apparition dans les médias et les réseaux sociaux. Plus difficile, de nos jours, de cacher ses mauvais comportements. C’est souvent la seule manière de faire bouger les choses. Prenons comme exemple les mouvements MeToo et BlackLivesMatter qui sont des moments privilégiés de prise de parole. Pourquoi si publiques? Parce que, souvent, les procédés habituels changent peu de choses.

Je dis bravo aux employés de Rideau Hall. Que ce geste de dénonciation contribue à améliorer l’atmosphère non seulement de leur milieu, mais d’autres aussi. Nous sommes en droit de nous attendre que Rideau Hall soit un modèle en matière de relations et de conditions de travail. Rien de moins.

Hector J. Cormier
Moncton