Le plus difficile c’est de croire en nous

Pour croire en nous en ce temps de pandémie, il faut une espèce d’héroïsme. Si une science ou une religion doit nous éclairer, c’est sur nous-mêmes qu’elle doit le fairer.

En ces temps électoraux ce que nous voulons, ce ne sont pas des discours; nous voulons une réalité et qu’elle soit humaine. Nous voulons que les autorités éclairent nos vies et qu’elle atteigne sa grandeur.

Comment atteindre la grandeur de nos vies? Les grands penseurs ont très justement noté que l’intérêt fondamental de toute personne, c’est la volonté de se faire valoir et de passer aux yeux des autres pour une valeur.

À la rentrée scolaire, qu’allons-nous remarquer? Ce qui meut l’enfant, c’est le besoin de s’exhiber, de se faire remarquer, d’être un centre comme tout le monde. Que cherchaient César, Alexandre, Donald Trump et les grands de ce monde? Ils veulent être considérés comme une valeur et être admirés. Et que voulait Nietzsche lorsqu’il piétinait tous les Dieux? Il disait: «S’il y avait des dieux, les jeux seraient faits sans moi». Il refusait Dieu pour se faire dieu lui-même.

C’est une étrange grandeur que celle qui repose tout entière sur les applaudissements d’une foule. C’est ce que nous faisons nous-mêmes? Triste grandeur que celle qu’est l’esclave de l’opinion des autres. Mais quoi!

Pouvons-nous nous passer de la grandeur? Toute vie est nécessairement attachée à soi, parce que toute vie est menacée.

Tout être vivant est un équilibre fragile, comme la COVID-19 nous l’enseigne. Et chacun fait son possible pour exister, dans le besoin de se justifier, de se donner des raisons, dans un certain culte de soi. Alors, nous y trouvons la compétition, la jalousie, la rivalité et la médisance.

Cette lutte acharnée et souterraine ne cesse d’empoisonner la vie. Le mouvement «Black Lives Matter» dénonce cette politique américaine aux antipodes d’une religion déshumanisante qui humilie, qui piétine et propage l’idée et que si tu es différent par la couleur ou la religion, tu dois disparaître.

Voilà ce qui est irrécusable. Dans la réalité des minorités visibles qui ne veulent pas se laisser piétiner, qui ne veulent pas un genou sur leur cou, il y a en elles une valeur infinie. Dans leur réalité commence une prise de conscience, un éveil du sens de la dignité pour tous.

En 1960, j’étais étudiant à l’université. Nous avions été alertés par l’exécution aux États-Unis d’un homme appelé Chessman. Ils l’ont exécuté après 12 ans de procès. Cette histoire a marqué l’orientation de ma vie. Tout d’un coup, la vie, cette vie m’est apparue comme un test de la vie universelle. Nous, les étudiants, nous nous sommes interrogés: peut-on tuer une vie? peut-on en disposer à sa guise? Peut-on sans aveu et sans consentement faire disparaître une personne?
Présentement, il y a de nombreux Chessman aux États-Unis et ailleurs. Des milliers de personnes répondent: non! non! On ne peut pas, on ne doit pas, parce que dans une personne, il y a tout le bien et l’humanité.

Le vrai bien des humains, c’est la personne elle-même, dans sa conscience, dans sa dignité, car elle est un don, une source qui jaillit en vie éternelle. Cette vie humaine, elle est ce bien commun que nous avons à défendre, à éveiller, à croître et à communiquer.

La COVID-19 a été pour moi, dans mon confinement, une carrière à exploiter, comme un paysage à contempler, comme une vérité à découvrir, comme une présence à accueillir: la fragilité de la vie humaine.

Les seuls responsables de la vie, c’est nous-mêmes, car c’est à chacun de nous qu’elle a été confiée. Nous avons tous besoin de conversion, nous convertir à la vie pleine et entière.

La vie, c’est quelqu’un à aimer, quelqu’un qui est là, qui se donne, qui ne s’impose jamais, tout en se proposant toujours. Et le mal en nous, il s’agit de le guérir.

Léon Robichaud
Shippagan