Les cigales du Nouveau-Brunswick

Les cigales du Nouveau-Brunswick n’ayant pas travaillé de l’été auraient dû se trouver fort dépourvues quand la bise fut venue. Mais contrairement à la cigale de la fable, celles du Nouveau-Brunswick n’allèrent pas crier famine chez la fourmi (leur) voisine. Cette dernière risquait fort de leur faire la morale en prêchant la valeur du travail.

Non, les cigales du Nouveau-Brunswick ont plutôt frappé à la porte du gouvernement fédéral en tenant à peu près ce discours: nous qui ménageons notre santé, nous sommes effrayés par la perspective d’être contaminés par les pestiférés du Québec qui risquent de déferler chez nous pendant tout l’été. Nous voulons conserver notre pureté. Mais notre «virginité immunitaire» sera mise en péril si nous côtoyons les Québécois, y compris ceux qui ne font que passer dans notre province pour se rendre aux Îles-de-la-Madeleine. Il faut fermer nos frontières à ces hordes de contaminés potentiels.

Le gouvernement fédéral fut très touché par cette manifestation de vertu sanitaire. Quel peuple courageux qui refuse de travailler pour faire barrière au coronavirus! Alors, il s’empressa de leur verser la Prestation canadienne d’urgence (PCU), pendant le printemps, l’été et même l’automne, au montant de 2000$ par mois, sans obligation et sans tracas.

Il envisage même de les rendre admissibles à l’assurance-emploi sur la base de leurs gains de travail de l’année dernière.

Par une coïncidence providentielle, les principes vertueux des gens du Nouveau-Brunswick s’accordent merveilleusement bien avec leurs intérêts financiers.
Les premiers «maritimers» à être affectés par l’absence de touristes québécois (et ontariens) sont les travailleurs du secteur de l’hébergement et de la restauration.

Une forte proportion d’entre eux travaillent au salaire minimum (11,70$/heure au Nouveau-Brunswick). Ils auraient gagné environ 2012$ par mois en travaillant comme des forcenés 40 heures par semaine (pendant 14 semaines), en courant des risques exorbitants de contamination, alors qu’ils reçoivent 2000$ par mois à ne rien faire, dans la paix et la sécurité…

Ils vont même toucher cette aide généreuse pendant une période nettement plus longue que celle de la saison touristique.

Qui dit mieux?

Bref, on n’aura jamais connu de printemps et d’été aussi florissants dans les provinces maritimes.

En plus, s’ils se plaignent efficacement, ces travailleurs vertueux vont toucher l’assurance-emploi pendant tout l’hiver.

Ce sont vraiment des cigales débrouillardes.

Ainsi, les travailleurs saisonniers du Nouveau-Brunswick vont recevoir le beurre, l’argent du beurre et même un «subsid» pour acheter le beurre. C’est le meilleur des mondes.

Je sais que ces propos ne sont guère flatteurs pour les gens du Nouveau-Brunswick, mais le respect, ça se mérite.

Yvon Boudreau
Québec