Le glyphosate et la véritable science

Croyant avoir tout dit sur le sujet, je ne peux que réagir à la lettre sur le glyphosate parue dans l’édition de l’Acadie Nouvelle du vendredi 11 septembre 2020.

Cet article signé par l’Alliance agricole du Nouveau-Brunswick, Irving Woodland, Bleuets NB Blueberries, Forêt NB ainsi que par les Producteurs de pommes du Nouveau-Brunswick est intitulé «Il faut s’appuyer sur des données scientifiques pour prendre des décisions».

Justement, parlons science. Ce qu’on ne dit pas est que le glyphosate a été détecté dans 29,7% des échantillons d’aliments dans une étude menée par l’ACIA (Agence canadienne de l’inspection des aliments) en 2015-2016.

Sur les aliments destinés aux enfants, 31% ont démontré la présence du glyphosate.

L’enquête de Vigilance OGM sur la présence du glyphosate dans les urines, en juin dernier, a démontré que le produit avait été observé dans celle de 26 des 40 personnes qui avaient participé à l’étude, dans des concentrations s’échelonnant de 0,0931 à 3,42 microgrammes par litre.

En 2015, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a déclaré que le glyphosate est classé comme génotoxique (c’est-à-dire qu’il peut endommager l’ADN) et qu’il est probablement cancérigène pour les humains.

Ces études n’ont pas été commanditées par l’industrie qui en tire les conclusions qui lui conviennent.

La lettre publiée dans l’Acadie Nouvelle par l’industrie mentionne que «la plupart des partis politiques du Nouveau-Brunswick ont désormais adopté la position selon laquelle l’herbicide glyphosate devrait être interdit sur les terres de la Couronne». Et que ce sont des décisions politiques fondées sur la politique et nom sur la science.

Ce serait plutôt le contraire.

L’industrie, par l’entremise de ses lobbyistes, tente de maintenir le plus longtemps possible l’usage de cet herbicide. Parlez-en à Messieurs Higgs et Irving.

En 2020, continuer l’utilisation de ce produit controversé sur les fruits, les légumes, les céréales, les légumineuses, le maïs, le canola et le soja, dans le but d’augmenter la marge de profit des industries aux dépens de la santé, qui est justement la préoccupation première de la population, n’est plus justifiable.

De plus, on tente de justifier l’utilisation de l’herbicide sur les plantations d’arbres «pour améliorer le rendement des résineux et ainsi réduire l’effet de serre».

C’est plutôt le contraire qui se produit alors que l’opération détruit beaucoup plus d’arbres qu’elle n’en sauve.

Ce sont les feuillus qui sont détruits alors que ce sont eux qui transforment le gaz carbonique en oxygène.

Cette tentative de justifier l’emploi de cet herbicide sur nos aliments et nos forêts ne fait qu’amplifier le scepticisme que la population entretient envers l’industrie et certains de nos élus.

Ce n’est pas plus défendable de nos jours, et, comme le dit l’adage: quand tu es déjà dans un trou, rien ne sert de creuser!

Jean-Marc Dufour
Inspecteur de la santé publique à la retraite
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