Assistons-nous au crépuscule de la démocratie?

Après les tentatives de Jean-Paul II de libérer la Pologne du joug communiste, on affichait dans une église du pays une banderole qui disait «Gorbachev, nous avons besoin de démocratie comme les poumons ont besoin d’air».

Et, dire que, moins de 33 ans plus tard, un parti sous l’appellation «Droit et Justice» sous la férule d’Andrzej Duda impose le recul en s’attaquant aux droits civils.

Et, Trump, qui a une admiration sans bornes pour les dictateurs de ce monde, l’a reçu comme il recevrait un «ami» à la Maison-Blanche, en juin, et a promis de transférer bon nombre de soldats de l’Allemagne vers la Pologne, façon de faire savoir à Vladimir Poutine – un autre «ami», celui-là – qu’il serait prêt à enlever du pouvoir à l’OTAN ce qui enchanterait la Russie.

C’est ce que démontre Anne Applebaum dans son livre Twilight of Democracy, The Seduction Lure of Authoritarianism. La démocratie est fragile. Personne ne dit que ce régime politique est le mode d’organisation politique idéal, mais son contraire est la tyrannie, l’autoritarisme, ces régimes à partis uniques, qui n’ont de cesse de gruger dans les libertés fondamentales et de raser les institutions indépendantes.

En retour, ils en créent d’autres à leur image et à leur ressemblance.

À la tête de ces formations politiques, on retrouve des démagogues et des populistes qui ont le mot choisi pour flatter le peuple dans le but de le berner et se hisser aux hautes sphères du pouvoir et pour y demeurer le plus longtemps possible.

Ils ne parlent jamais de communisme, mais, sournoisement, par de faux détours et des mensonges, ils utilisent les mêmes tactiques: attaque des élites, noyautage des cours de justice et décrédibilisation des médias qui sont, soudain, devenus les nouveaux ennemis.

On place les pions dans les postes stratégiques plaçant, en ce faisant, loyauté au-dessus de compétence.

La Hongrie et la Roumanie en sont des exemples flagrants avec la Turquie, ce pays où l’autoritarisme continue de progresser. La population y adhère trouvant que la démocratie représentative ne l’a pas bien servie. On oublie qu’on vient à peine de se libérer du joug communiste. Les humains peuvent être crédules et oublieux des grandes leçons de l’histoire.

Ces démagogues profitent des nostalgies du passé comme leurres politiques. Les Britanniques regrettent l’empire où c’était eux qui décidaient: ils influençaient tout ce qui se passait chez eux et ailleurs. Un monde où l’Angleterre faisait la loi et l’ordre partout. Elle était devenue une force supérieure.

On regrettait la vie paisible des grands domaines anglais remplacée par la vie sans racines du monde contemporain.

L’immigration, cette menace à l’identité nationale, et l’Union européenne (UE), «cette puissance étrangère supplantant les tribunaux et les gouvernements élus», en seraient les grands responsables. Du moins, c’est ce qu’on offre comme argument.

À force de mensonge et de fantaisies les plus folles, on en vient à convaincre tout un monde de sortir de l’UE alors qu’on ne le voulait vraiment pas. On est même allé jusqu’à dire que les autorités bruxelloises allaient interdire les «double deckers» – autobus à deux étages – présents partout en Angleterre. De là le Brexit, dont l’appui de la Russie n’a pas manqué, avec Nigel Farage et Boris Johnson en tête, même si ce dernier n’y croyait pas. Tout pour s’agripper au pouvoir.

Alors que jadis on comptait presque uniquement sur les journaux avec des professionnels de l’information et ensuite la radio – dont les Hitler et les Stalin de ce monde ont compris l’efficacité – on se sert aujourd’hui de sites internet et des réseaux sociaux où il est facile de faire circuler, indûment, la fausse information pour créer des réseaux d’adeptes.

On fait avaler des notions d’autoritarisme sous le couvert de la démocratie. Voilà qui effraie.

Anne Applebaum met en garde contre les tendances antidémocratiques qui envahissent l’Ouest. Trump est un véritable danger à ce point de vue. Il s’attaque maintenant au système postal. Il veut perturber les opérations au point de ralentir les résultats des élections pour ne pas compter les bulletins arrivant en retard. Il espère qu’il s’agira de votes venant d’électeurs démocrates. Est-il teflon au point où aucun scandale ne lui colle à la peau? À part la base religieuse qui lui pardonne tous ses travers et qui ferme les yeux sur une corruption grave et ouverte, réussira-t-il à vendre sa salade à assez d’Américains pour pouvoir compter sur une majorité du collège électoral en novembre prochain? Les institutions américaines lui résisteront-elles?

Hector J. Cormier
Moncton