Des commentaires qui sont loin d’être constructifs

Les cigales du Nouveau-Brunswick ont donc pu se la couler douce tout l’été et vont continuer à chanter même une fois la bise venue, si j’en crois cette lettre publiée dans l’Opinion du lecteur, ce mardi (Acadie Nouvelle, 15 septembre).

Je veux bien comprendre: le Nouveau-Brunswick, pour protéger sa «virginité immunitaire», a refusé d’ouvrir ses frontières aux touristes étrangers, y compris ceux du Québec qui, dans bien des cas, ne faisaient que passer pour gagner les Îles-de-la-Madeleine; cela lui aurait valu la PCU (Prestation canadienne d’urgence) qui, justement, représente ce que gagnent les travailleurs dans le secteur du tourisme et de l’hébergement. Pourquoi se bouger, en effet? Le Nouveau-Brunswick joue toujours de chance, la PCU sera versée plus longtemps et après, ce sera l’assurance-emploi, de quoi pouvoir chanter tout l’hiver.

Tout ça pour dire qu’au Nouveau-Brunswick, on aurait le beurre, l’argent du beurre et un «subside» pour acheter le beurre. Non, dites-moi, trouvez-vous qu’on est bien servi par la chance, au Nouveau-Brunswick? À peine si on a besoin de lever le petit doigt.

Que le gouvernement du Nouveau-Brunswick décide de fermer ses frontières pour protéger sa population du coronavirus, je trouve que c’est une décision qui se défend. D’autres penseront le contraire, et ils en ont bien le droit. Je ne vois cependant pas pourquoi on se mettrait dans la misère si on peut s’en empêcher.

Nos systèmes de santé étant ce qu’ils sont, ce serait courir au-devant des coups. On en a des exemples éloquents, pas bien loin de chez nous.

Maintenant que la PCU nous soit versée pour cette raison, là je ne suis plus. On ne me dira tout de même pas que la PCU a été créée pour le Nouveau-Brunswick uniquement. Elle est versée partout au pays et elle profite à d’autres catégories de travailleurs que ceux du tourisme et de l’hébergement.

Que l’assurance-emploi soit ensuite versée «sur la base des gains de travail de l’année dernière», si ça se fait, ne sera pas non plus une particularité pour le Nouveau-Brunswick. Tous les travailleurs ainsi touchés vont en bénéficier.

La situation actuelle mécontente plus d’une personne, mais je ne crois pas qu’il faille s’en prendre à ses voisins et chercher à leur en faire porter l’odieux. En fait, s’il y a des cigales au Nouveau-Brunswick, il ne faudrait surtout pas croire qu’il n’y a que des fournis ailleurs au pays. Il me semble qu’un peu de jugement s’impose, ne serait-ce pour ne pas commencer à ne voir que des cigales et des fournis.

Cette pandémie est inédite et partout dans le monde, les autorités essaient d’appliquer la solution la moins mauvaise.

Des commentaires comme ceux qui ont été reproduits dans les pages de notre journal ne sont pas constructifs du tout.

Je sais que ce n’est pas flatteur pour qui les a écrits, mais si le respect se mérite, le jugement se voit, et je n’en ai pas vu beaucoup.

Alain Otis
Dieppe