Au MPO de préciser les règles du jeu

Je partage l’analyse de Mme Enguehard sur la liberté d’usage du drapeau acadien et aussi sur certaines ambiguïtés dans la triste bataille actuelle de nos pêcheurs acadiens avec nos alliés historiques, dans la Baie Sainte-Marie.

J’ai toujours défendu les droits d’accès des Premières Nations à toutes les pêcheries canadiennes… et acadiennes. Et le jugement Marshall de la Cour suprême doit être respecté. Les pêcheurs acadiens ont aussi le droit de manifester leur écoeurement, avec en berne, notre drapeau, face au laxisme du ministère des Pêches et des Océans Canada. Comme je respecte les Premières Nations d’en faire autant avec leur drapeau. Les deux drapeaux sont d’ailleurs magnifiques!

Fondamentalement les pêcheurs acadiens de la Baie défendent les grands principes de conservation de la ressource sur lesquels il y a eu consensus pour assurer «une gestion durable» de cette pêcherie. Ceci étant dit je n’appuierai jamais pour autant des manifestations racistes ou violentes, s’il y en a.

Au début des années 1980, j’étais directeur général de l’Association des pêcheurs professionnels acadiens (APPA). Le bureau du MPO de Halifax, que nous accusions d’unilinguisme, avait décidé, pour se débarrasser de nous, de retirer aux crevettiers acadiens de la Péninsule acadienne leurs permis de pêche à la crevette au large de Louisbourg en Nouvelle-Écosse, une pêche que nous pratiquions là-bas depuis des décennies. Nous avons alors organisé, avec les familles de pêcheurs, une grande manifestation devant les bureaux du MPO pour protéger nos droits de pêche. Nous portions fièrement notre drapeau acadien pour démontrer que nous venions d’entrer dans une ère nouvelle soit l’existence «de pêcheries acadiennes» et que nous mènerions les batailles nécessaires pour les protéger. Et nous avons gagné. Le ministre du MPO de l’époque, Roméo LeBlanc, a bien compris l’injustice et a ordonné la réémission de nos permis. Une grande victoire sous l’enseigne du drapeau acadien. J’aurais mis au défi un nationaliste acadien de venir nous donner une leçon du bon usage de notre drapeau!

Le jugement Marshall est arrivé et a permis le développement des pêcheries des Premières Nations avec tout ce que cela comporte de défis et d’adaptation pour toutes les parties. Il y avait une profonde injustice historique et il était temps que cela arrive.

S’il y a un manque de clarté dans l’interprétation de ce jugement, c’est au MPO de le clarifier ou de retourner à la Cour Suprême pour le faire. Si le gouvernement fédéral est trop lâche pour faire l’un ou l’autre, ce n’est pas aux pêcheurs acadiens d’en payer le prix, à la veille d’une pêcherie qui demeure très compétitive. Je peux comprendre leur impatience. Les Autochtones et les pêcheurs acadiens reconnaissent tous les deux que fondamentalement, la bataille n’est pas contre l’un ou l’autre, mais avec le MPO.

Malheureusement les pêcheurs autochtones décident unilatéralement et de façon provocatrice d’aller pêcher sur les mêmes fonds de pêche que les pêcheurs acadiens pour forcer le MPO a agir. Et les pêcheurs acadiens font tout ce qui est possible pour les empêcher afin d’être compatibles avec les principes de base de conservation et de gestion consensuelle de la ressource.

Je tiens à préciser que le débat actuel n’est pas le même qu’au lendemain du jugement Marshall ou plusieurs communautés de pêcheurs anglophones ou acadiens de l’Atlantique et du Québec s’objectaient à l’entrée des autochtones dans les nouvelles pêcheries qu’elles avaient le privilège (et non le droit) de dominer. La bataille de la Baie Saint-Marie entre dans une autre catégorie, une autre ère.

Gastien Godin
Shippagan