Nous ne pouvons pas retourner à la «normale», nous devons en bâtir une nouvelle

La COVID-19 ne respecte pas le principe d’égalité des sexes. En effet, les femmes subissent davantage les contrecoups de la pandémie: elles occupent en plus grande proportion les postes de première ligne ‒ les emplois dans trois sur cinq des secteurs les plus touchés sont occupés majoritairement par des femmes ‒ et ce sont elles qui élèvent les enfants et assument la grande majorité des tâches traditionnelles à la maison.

Voilà pourquoi le coronavirus a accentué plusieurs disparités fondées sur le genre et atténué le progrès réalisé depuis des dizaines d’années au chapitre de l’égalité hommes-femmes.

La pandémie peut-elle être un catalyseur de changement?

Les femmes sont surreprésentées dans les emplois précaires à temps partiel et sous-payés des secteurs les plus durement touchés par la maladie à coronavirus.

Ces postes à prédominance féminine (services d’hôtellerie, restauration, culture, loisirs et éducation) offrent peu de sécurité d’emploi, de congés de maladie payés et de services de garde. Les Canadiennes jouent également un rôle prédominant dans la prestation de soins; elles représentent en effet jusqu’à 80% des personnes salariées dans les services de santé et les services sociaux comme les infirmières (92%), les techniciennes de laboratoire médical (80%), les services communautaires et sociaux (de 75 à 80%) et les préposées aux services de soutien à la personne (90%).

Depuis le mois de mars, elles sont deux fois plus nombreuses à avoir perdu leur emploi (298 500) que les hommes (127 600).

Au Canada, l’emploi dans le secteur des services (où les femmes sont en majorité) a chuté de 5,87% depuis février, tandis que l’emploi dans le secteur manufacturier (où les hommes sont majoritaires) a augmenté de 1,03% au mois de juillet.

La participation des femmes sur le marché du travail a donc baissé pour afficher son plus bas niveau en 30 ans. Selon une étude menée récemment par la RBC, les femmes comptent pour environ 45% des personnes touchées par une réduction du nombre d’heures de travail au plus fort de la crise, mais ne représentent que 35% des personnes qui sont de retour au travail depuis la reprise.

Comme l’augmentation du nombre de femmes sur le marché du travail a contribué à la hausse du PIB depuis des dizaines d’années, la conjoncture aura des répercussions sur cette valeur.

Alors, comment pouvons-nous récupérer les pertes?

En premier lieu, nous ne pouvons pas retourner à la «normale», car elle ne fonctionnait pas pour beaucoup d’entre nous. Nous devons en bâtir une nouvelle. Le principe d’un salaire égal pour un travail de valeur égale est un droit fondamental sur lequel nous devons nous appuyer pour reconstruire la société en mieux.

La disparité salariale et l’écart salarial entre les sexes n’ont pas leur place dans la société d’après-COVID. Notre relance socioéconomique doit se fonder sur l’égalité femmes‑hommes et doit commencer par des changements systémiques et des changements de politiques.

Il faut donc avoir une vue d’ensemble de l’économie fondée non seulement sur la prospérité des marchés, mais aussi sur la santé et le mieux‑être des ménages. Sinon, nous risquons de reprendre nos vieilles habitudes et même d’aggraver les inégalités.

Ensemble, nous devons battre le fer pendant qu’il est chaud pour changer les choses en mieux, et ce, à long terme.

Prenons par exemple le secteur des soins communautaire, où les femmes comptent pour 95% des personnes salariées. Comme elles y sont majoritaires et qu’elles sont inévitablement sous‑payées et sous‑évaluées, le secteur connaissait une crise bien avant l’arrivée de la pandémie: il a été sous‑financé; le roulement du personnel est élevé; et le recrutement s’avère très difficile.

Les mauvaises conditions de travail nuisent immanquablement à la qualité des soins offerts aux personnes les plus vulnérables de la société, soit les vieillards, les enfants, les personnes avec un handicap et les femmes qui fuient la violence au foyer.

Nous devons dorénavant nous concentrer sur la prévention, plutôt que sur la gestion de crise, et sur des hausses de salaire permanentes pour atteindre l’équité salariale.

Le programme électoral du nouveau gouvernement progressiste-conservateur ne contenait aucune mention des répercussions de la pandémie sur les femmes ni d’engagements pour assurer leur participation dans la relance.

L’égalité femmes-hommes doit faire partie intégrante du plan de relance de la Province.

N’importe qui peut contracter le virus, mais les séquelles perturbent différentes personnes de différentes façons, les femmes et les minorités de genre étant particulièrement touchées.

Après sa victoire électorale, le 14 septembre, le premier ministre élu, Blaine Higgs, a affirmé que «personne ne serait laissé pour compte» après la pandémie.

Par conséquent, les plans de relance économique doivent inclure les priorités spécifiques aux Néo-Brunswickoises pour compenser les retombées disproportionnées qu’elles ont connues. Le nouveau gouvernement se doit de considérer les solutions suivantes:

  • La revitalisation des infrastructures sociales doit faire partie intégrante d’une stratégie globale des investissements gouvernementaux, stratégie qui comprend les services de soins, les garderies, les services de santé mentale, ainsi que les moyens pour lutter contre la violence faite aux femmes.
  • Il faut rétablir la justice et l’égalité socioéconomiques au moyen de politiques comme l’adoption d’une loi sur l’équité salariale dans le secteur privé, les congés de maladie payés et l’accès à l’équité d’emploi.

Quelle est la meilleure façon de mettre en œuvre ces solutions et de s’assurer que la réalité économique des femmes est prise en considération? Les femmes, surtout celles qui sont marginalisées, doivent avoir voix au chapitre dans la prise de décision, et le plan de relance d’après-COVID doit comprendre une analyse comparative entre les sexes.

Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas très longtemps, c’est le travail «essentiel» d’une main-d’œuvre majoritairement féminine qui nous a permis de joindre les deux bouts. Au moment où sont établies les structures de la société d’après-pandémie, le temps est venu de financer les valeurs qui nous tiennent à cœur et de décider ce qui importe le plus pour la santé et la prospérité de notre province.

Johanne Perron, directrice générale
Coalition pour l’équité salariale du Nouveau-Brunswick