Réflexion critique sur la rétention du personnel en services de garde éducatifs

Les services de garde éducatifs du Nouveau-Brunswick font face à de nombreux enjeux depuis un bon moment déjà. La pandémie de COVID19 rend les choses encore plus compliquées.

Je suis mère de trois enfants en santé. Je ne suis pas travailleuse essentielle et je fais du télétravail depuis le début de la pandémie. En fait, je suis étudiante. Franchement, je suis chanceuse et je n’ai pas à me plaindre. J’ai réussi à obtenir des places dans des garderies agréées, puis désignées pour mes trois enfants. Ils ont eu et ont encore des éducatrices et éducateurs en or, qui prennent soin d’eux, tant physiquement que psycho-émotionnellement. Je n’écris pas ceci pour me plaindre, mais bien pour plaindre les éducatrices, qui sont sous-payées pour le travail essentiel qu’elles font; et pour plaindre les gestionnaires de garderie, qui peinent à garder leur personnel qualifié, ne pouvant pas rivaliser avec un compétiteur aussi puissant que le gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Selon les propriétaires de services de garde, interrogés à l’automne 2015 par la Commission d’étude sur les services de garde du Nouveau-Brunswick, il est très difficile de recruter et de retenir du personnel qualifié. Les faibles salaires, les avantages sociaux médiocres et une profession peu valorisée par la société seraient autant d’obstacles à la mise en place de services de qualité. Pour preuve, les éducatrices/éducateurs des services de garde éducatifs agréés du Nouveau-Brunswick reçoivent l’un des taux salariaux les plus bas au Canada dans le secteur de la petite enfance.

Toujours selon les propriétaires, la qualité des services éducatifs est affectée par les coûts croissants de frais d’exploitation, les niveaux inadéquats de financement public, les problèmes de recrutement et de rétention du personnel et la fragmentation des services dans le secteur des garderies agréées. Un taux de roulement élevé des employés a des conséquences directes sur l’expérience de continuité de l’apprentissage et des soins pour les enfants. Chacun de ces facteurs a une incidence sur les conditions de travail.

En somme, les gestionnaires de garderies sont épuisées, tentant par tous les moyens (offrir un plan de santé) de retenir leurs employées, mais en vain. Elles n’ont pas les subventions pour leur offrir un meilleur salaire et c’est ça qui, au bout du compte, pencherait dans la balance. Une autre solution serait d’augmenter les tarifs chargés aux parents, mais ils paient déjà cher leur droit de contribuer à la société en dehors de l’éducation de leurs enfants. Résultat: il y a un roulement constant du personnel, ce qui nuit à la confiance et au développement harmonieux des jeunes enfants. Les enfants ont besoin de figures d’attachement stables pour s’épanouir.

Des éducatrices, formées en éducation à la petite enfance au Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, quittent parfois au bout de quelques semaines pour devenir assistantes ou suppléantes dans les écoles. Vite, elles se rendent compte de l’iniquité entre l’ampleur de la tâche et la rémunération qui s’en suit. Vous allez me dire, un cours d’un an, ce n’est pas beaucoup de formation. Est-ce que ça mériterait un si bon salaire? Dites-moi, combien vaut le salaire d’une personne qui chérit votre enfant et qui l’amène à développer sa personnalité, ses talents et son plein potentiel, du lundi au vendredi, 9 à 10 heures par jour?

Aussi, est-ce qu’une personne formée en éducation à la petite enfance a les compétences pour gérer un enfant d’âge scolaire avec un handicap spécifique ou des troubles de comportement et/ou d’apprentissage? La réponse est évidemment non. Alors, pourquoi les engager? Pourquoi les extraire du milieu pour lequel elles ont été formées, pour ensuite les accueillir dans un domaine pour lequel elles n’ont pas de formation? Parce qu’il manque de personnel dans les écoles, voyons! Et dans les garderies? C’est la panacée peut-être?

De petites et moyennes entreprises telles que les services de garderies éducatifs ne peuvent rivaliser avec les salaires et les avantages sociaux offerts par un employeur tel que le gouvernement du Nouveau-Brunswick. La solution serait-elle de rendre publics les services de garde à l’enfance? Peut-être.

Il n’en demeure pas moins que, pour l’heure, les éducatrices/éducateurs font de longs quarts de travail. Elles ont la lourde responsabilité de faire en sorte que chaque enfant soit en sécurité et qu’il puisse évoluer à son plein potentiel. Elles doivent également planifier des activités d’enseignement et d’apprentissages. Tout ça, avec un salaire dérisoire en comparaison aux tâches et responsabilités qui les incombent.

Et dites-moi enfin, pourquoi une technicienne en travaux ménagers (femme de ménage) est, en moyenne, payée plus cher qu’une éducatrice en garderie? Sauf tout le respect que j’ai pour les assistantes enseignantes et les techniciennes en travaux ménagers, il est plus que temps que l’on valorise la profession d’éducatrice à la petite enfance et qu’on offre à ces travailleuses et travailleurs dévoués le salaire et les avantages sociaux qu’ils méritent.

Marie-Hélène Marquis
Mère et étudiante en éducation à la petite enfance
Shediac