Une crise qui doit servir à quelque chose

Donald J. Savoie
Université de Moncton

La pandémie de la COVID-19 aura des effets durables sur la plupart des secteurs de l’économie. Certaines entreprises, notamment dans l’industrie aérienne, ne reviendront probablement pas à la situation d’avant la crise. D’autres, cependant, verront peut-être des occasions à saisir. On nous dit que les investisseurs de Wall Street jettent un regard neuf sur l’industrie alimentaire en tant que secteur à développer.

Plusieurs possibilités prometteuses s’offrent au Nouveau-Brunswick dans ce secteur qui est susceptible de transformer une situation perçue comme négative en une situation positive. On nous dit que le Nouveau-Brunswick est ralenti par la trop forte ruralité de sa population – on compte au Canada quatre habitants en milieu urbain pour un habitant en milieu rural, tandis qu’au Nouveau-Brunswick le ratio est d’environ un pour un. Dans les régions nord, sud, est et ouest de notre province, le secteur alimentaire offre des débouchés qu’il faut exploiter. Je crois comprendre que l’aide financière requise du gouvernement provincial pour exploiter ces débouchés est minime, ce qui est important étant donné que l’énorme défi budgétaire de la province se fera sentir pendant longtemps.

Pensez aux perspectives suivantes, entre autres: un entrepreneur a planté un million de pommiers dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick et exportera bientôt pour 100 millions $ de pommes par année en Europe et aux États-Unis. Il prévoit planter des millions d’autres pommiers et exporter un jour pour 1 milliard $ de pommes par année. À ma connaissance, cet entrepreneur n’a pas reçu le moindre dollar du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick, Cooke Seafood a été en mesure d’obtenir un nombre impressionnant de succès au cours des 35 dernières années. Le Nouveau-Brunswick devrait se réjouir de cette réussite commerciale.

Pour sa part, l’entreprise Les Algues acadiennes est devenue le chef de file mondial de la production d’algues et possède une installation à Pennfield. D’autres occasions à saisir pourraient très bien se présenter pour ces deux entreprises dans l’après-COVID.

Les retombées de McCain Foods sur l’économie locale sont bien documentées. Je crois que l’entreprise est aussi bien placée pour connaître une croissance accrue. L’industrie avicole dans la région du Nord-Ouest emploie des centaines de Néo-Brunswickois.

Oxford Frozen Foods a construit l’usine de transformation du bleuet la plus moderne du monde dans la Péninsule acadienne. L’usine et ses activités connexes emploient présentement 300 personnes dans une région qui a désespérément besoin d’emplois. Oxford prévoit faire beaucoup plus dans la région. Le gouvernement provincial a le choix: laisser les terres en friche et improductives, ou les céder à Oxford et aux agriculteurs locaux pour soutenir la croissance de l’industrie du bleuet sauvage et créer de nouveaux emplois. Oxford est en train de transformer l’industrie dans la Péninsule acadienne un peu comme McCain Foods l’a fait dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick.

On trouve des pêcheurs et des usines de poisson tout le long des 5500 km de littoral de la province, de St. Andrews à Caraquet. Il est possible d’augmenter la valeur ajoutée de leurs produits.

L’industrie de la canneberge est également présente au Nouveau-Brunswick. La superficie en production dans la province, de 25 acres au début des années 1990, s’élève maintenant à près de 1000 acres. L’industrie a des défis à relever, mais son avenir est prometteur. On compte des exploitations de canneberge dans plusieurs localités rurales de Richibucto à Maugerville.

Je crois savoir que des familles amish cherchent à s’établir au Nouveau-Brunswick. L’Île-du-Prince-Édouard a accueilli 10 familles amish en 2016. Il y a maintenant 30 familles amish et leur communauté continue de grandir autour de Montague. Leur arrivée a donné un nouveau souffle à l’économie locale et, selon des reportages dans les médias, «les insulaires font des pieds et des mains pour les aider» et se réjouissent de voir les vieilles fermes à nouveau en exploitation. Je signale que la communauté amish ne cherche pas à obtenir et n’accepte même pas de fonds publics, y compris l’assurance-maladie et le financement de leur système d’éducation.

Partout dans la province, il y a des centaines de petites fermes qui vendent leurs produits dans des marchés locaux. On remarque aussi de plus en plus de jeunes entreprises qui semblent prometteuses, par exemple York County Cider. Les entreprises en démarrage s’ajoutent à celles qui ont des liens historiques étroits avec l’industrie alimentaire du Nouveau-Brunswick, telles Ganong et Moosehead.

Les exemples qui précèdent démontrent que l’industrie alimentaire est maintenant en vogue dans l’ère post-COVID-19 et que le Nouveau-Brunswick est bien placé pour tirer avantage des possibilités émergentes. L’industrie alimentaire de la province a accès à un marché de 120 millions de consommateurs qui se trouvent à notre porte, sur la côte est des États-Unis.

Que faire? J’exhorte le gouvernement du Nouveau-Brunswick à tenir un sommet virtuel sur l’alimentation et à y inviter les représentants d’entreprises alimentaires de toutes les tailles afin qu’ils fassent part de leur point de vue sur la façon de profiter pleinement des possibilités qui émergent. L’industrie ne nécessite peut-être pas de financement important de la part du gouvernement, mais elle a certainement besoin de son appui.

Je proposerais, par exemple, d’inclure un point à l’ordre du jour: le gouvernement devrait procéder à un examen approfondi de ses règlements et de ses formalités administratives et de leurs répercussions sur les entreprises. Un tel exercice serait bénéfique pour toutes les entreprises, non seulement celles du secteur de l’alimentation. Je crois que certains de ces règlements sont obsolètes depuis longtemps. Le milieu des affaires m’indique qu’un certain nombre de règlements en vigueur au Nouveau-Brunswick n’existent pas en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, ce qui nuit à la compétitivité des entreprises de notre province.

Je recommande que le premier ministre préside la première séance du sommet afin d’envoyer le message que le secteur est important pour le Nouveau-Brunswick, en particulier pour toutes ses régions rurales. Je recommande également que le sommet assure une large représentation allant des grandes entreprises aux entreprises en démarrage, en passant par les petites fermes qui vendent leurs produits dans les marchés locaux. Nos collectivités rurales ont besoin d’un stimulant, et la crise de la COVID-19, avec toute la douleur et le traumatisme qu’elle entraîne, fournit peut-être l’occasion que le Nouveau-Brunswick ne doit pas rater.

Par souci de transparence, je précise que je ne suis pas présentement lobbyiste de quelque entreprise que ce soit de tout secteur, y compris l’industrie alimentaire, et que je ne l’ai jamais été.