Le pays de Trump en pleine tourmente

Quand la maison d’édition Simon & Schuster lançait il y a un mois le livre «Rage» de Bob Woodward, il s’agissait de son vingtième. Ils ont tous ou presque un lien avec la politique américaine. Ce journaliste du Washington Post, détenteur de deux prestigieux prix Pulitzer, a réussi cette fois un tour de force: il a pu enregistrer avec le consentement de Donald Trump dix-huit entrevues, ce qui rend le livre fort intéressant.

Avait-on cependant besoin d’un énième livre pour constater qu’il y a à la tête de l’Empire un homme dérangé, assis dans le Bureau ovale, en train de prendre des décisions qui ont plus de liens avec un ego gonflé qu’avec les intérêts du pays? Et, à la veille des élections présidentielles, dire qu’il y a bon nombre d’Américains qui ne se rendent pas compte qu’ils ont été floués. Certains croient même que Trump, cet homme du mensonge, est un envoyé de Dieu.

Trump n’a pas inventé l’incompétence, mais à ses côtés, l’histoire fera peut-être de George W. Bush un président d’une certaine stature. Trump n’a pas inventé la corruption, mais Dieu sait s’il a étalé au grand jour la sienne et celle de son entourage.

Et si Woodward avait à écrire son livre aujourd’hui, il pourrait parler du compte bancaire secret que Trump détient en Chine, chose qu’il n’a jamais dévoilée. Un tel état de choses pourrait être à l’encontre des intérêts nationaux du pays.

Lors des élections présidentielles de 2016, Trump disait à tout venant qu’il était plus connaissant que tous ses généraux mis ensemble se fiant à ses instincts. Eh bien, au plus grand plaisir de Vladimir Poutine, ses instincts lui auraient suggéré d’affaiblir l’OTAN. Ils lui auraient aussi suggéré de transférer de nombreux effectifs militaires américains d’Allemagne vers la Hongrie: un autre gros lot pour l’ami soviétique.

L’Union européenne et les institutions qui la protègent doivent perdre de leur pouvoir au profit d’une Russie qui végète économiquement.

Trump est un incohérent, un instable qui change d’idée comme il change de chemise. Dans le temps de le dire, il se départit d’idées originales pour en embrasser d’autres, tout aussi néfastes. Et dire qu’un type pareil a le pouvoir de déclencher une guerre nucléaire. Il s’alimente au réseau d’extrême droite Fox News.

Woodward nous apprend que dans l’exaspération, son ancien ministre de la Défense, le général James Mattis, se rendait en catimini à la cathédrale de Washington pour se vouer à tous les saints. Cela a vraiment peu aidé: il a été remercié de ses services. Trump tolère mal la compétence et la vérité, ce en quoi consistait l’apport du général.

De toute la campagne électorale, Trump tente de faire croire aux Américains que le COVID-19 est sous contrôle. Qu’ils n’ont rien à craindre d’un fléau qui s’en va. Jamais il ne fait état des cas positifs au nombre de huit millions ou des 225 000 morts survenues ces derniers temps. Trump ne fait pas confiance à la science: il sait mieux que les experts. Il ne croit pas aux changements climatiques pas plus qu’il ne croit en une pandémie. Il ne se gêne pas depuis quelque temps d’en jeter la responsabilité sur son principal expert, le docteur Anthony Fauci, un immunologue chargé depuis 1984 de l’Institut national des allergies et des maladies contagieuses qu’il dit être un «idiot» comme les autres scientifiques du genre.

Le livre de Woodward nous montre jusqu’à quel point Trump n’a aucune suite dans les idées, comment il saisit peu les grands enjeux nationaux et internationaux, comment il possède tout au plus un vocabulaire d’un enfant de troisième année, comment il est tyrannique, comment il s’amuse à jouer au président et à manier le pouvoir à sa guise.

Trump aime le grand spectacle, celui où il est l’acteur central toujours sous les pleins feux, delà sa petite scène à la Mussolini du haut du balcon de la Maison-Blanche après son retour de l’hôpital où on l’a soigné pour le COVID-19.

Woodward conclut son livre en réitérant ce que plusieurs avaient déjà compris: «Trump n’est pas l’homme de la situation.»

Espérons qu’une majorité d’Américains l’auront compris et qu’ils voteront le 3 novembre prochain contre la folie et le danger et pour le retour d’une démocratie bien ancrée.

Hector J. Cormier
Moncton