La militante acadienne Angela Bourgeois n’est plus

L’histoire de la gestion scolaire par et pour les Acadiens de Moncton et de la région ne pourra être racontée avec justesse que si elle fait la place qu’il se doit à deux militantes acadiennes, soit Angela Bourgeois et Françoise Cadieux: deux conseillères scolaires élues (1967) qui ont su combattre avec courage dans les nombreuses luttes que les francophones ont dû mener au sein du district scolaire no 15 (Moncton et la région), souvent, pour la moindre concession. Mais, elles voulaient beaucoup plus.

Elles ont milité d’arrache-pied pour une éducation en français gérée par les nôtres dans un milieu où les jeunes francophones constituaient tout près de 35% de la population étudiante.

Angela Bourgeois vient de nous quitter, et, pour ce militantisme audacieux, nous tenons à lui rendre hommage.

Avec l’élection de Louis J. Robichaud à titre de premier ministre du Nouveau-Brunswick en 1960, le premier Acadien à tenir le poste, les nôtres ont osé espérer que leurs aspirations et leurs droits en matière d’éducation seraient, enfin, entendus et considérés.

Louis Robichaud allait révolutionner toute la structure administrative et gouvernementale au grand profit des citoyens de la province dont les Acadiens n’ont pas été absents.

Une commission d’enquête créera l’Université de Moncton, une autre recommandera la centralisation de l’éducation, de la santé, de la justice et du bien-être dans la capitale. La création d’une école normale de langue française aura été un véritable tour de force, et ce qui l’aura été tout autant, ce sera l’adoption d’une loi faisant du français et de l’anglais les langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Ce que Louis Robichaud n’aura pas réussi, ç’aura été la création de conseils scolaires basés sur la langue. Trop à avaler, peut-être, pour la majorité?

Est-il nécessaire de dire que, dans les milieux dits bilingues de la province, dont Moncton, ce sont des conseils scolaires à majorité anglophone qui décidaient de tout, dont le sort de la minorité?

Pour obtenir la moindre autorisation, il fallait souvent des batailles épiques. Que dire de celle entourant la création d’une école polyvalente de langue française? Ou allait-il falloir s’accommoder de mégacomplexes scolaires avec une gestion unique et des services communs, tels que le recommandaient les anglophones?

En somme, des foyers d’anglicisation dans des milieux où le phénomène était chose courante? De cela, les Acadiens ne voulaient pas.

Les cadres, le personnel administratif, l’affichage, les communications officielles, les réunions du conseil, tout était unilingue. Et, quand il a été accepté que la documentation serait traduite, elle était d’une telle mauvaise qualité qu’elle aurait fait rougir un élève de troisième année.

Ce qui a mis le feu aux poudres et qui a outragé Angela Bourgeois et d’autres au plus haut point, c’est l’affirmation dans le rapport original d’une enquête menée par le «Research and Productivity Council» selon laquelle «le district scolaire n’opérait pas de façon bilingue», et qui, comme par hasard, s’était évaporée de la version finale. Les cadres et la majorité avaient réussi à faire disparaître une vérité trop gênante à étaler au grand public.

Françoise Cadieux, originaire du Québec, s’est fait dire à quelques reprises de retourner d’où elle venait. On ne pouvait pas dire de même d’Angela Bourgeois: elle était de Moncton. Elle connaissait trop bien le milieu et savait, au besoin, mettre des gants blancs quand venait le temps de revendiquer les droits des nôtres.

Pour montrer leur mépris, les commissaires de langue anglaise faisaient souvent fi de la présence de ces deux conseillères élues et ne s’adressaient qu’aux membres masculins francophones du conseil. La presque totalité de ces derniers avait été nommée par le gouvernement et se montraient plutôt frileux quant aux demandes légitimes de la population acadienne.

Décrivant l’atmosphère des rencontres houleuses du conseil, Angela dira qu’il y avait tellement de mauvaise volonté et de propos acerbes qu’elle se voyait obligée, avant de rentrer à la maison, de faire, pendant un temps, une promenade dans les rues de son voisinage pour tenter de recouvrer sa sérénité.

Avec le départ d’Angela Bourgeois, les Acadiens perdent une femme engagée, une militante, une patriote, une personne pour qui l’éducation en français pour les enfants du milieu a toujours été une priorité.

Nous lui devons beaucoup. Dans les batailles d’importance, elle y était et savait surtout se tenir debout. Nous espérons que c’est ainsi que l’histoire saura se rappeler d’elle.

Hector J. Cormier
Moncton