Nous devrions tous rester à l’écoute de notre diffuseur national, Radio-Canada

Je rédige le présent texte en réponse à une plainte qui revient de temps à autre dans ce journal, et même dans d’autres médias de la presse franco-canadienne. La plainte étant que Radio-Canada est au fond Radio-Montréal, et qu’elle ne reflète pas la réalité franco-canadienne dans son entièreté. Le souci: le dérochage généralisé des téléspectateurs de Radio-Canada en faveur de la CBC. Je souhaite donc faire la lumière sur les mérites de Radio-Canada et, ce faisant, j’espère convaincre les détracteurs de rester fidèles à la chaîne, et de rapatrier les fuyards.

Commençons par décortiquer l’argument selon lequel Radio-Canada ne couvre pas assez les régions franco-canadiennes hors Québec.

Personnellement, je trouve cet avis erroné, voire exagéré. La preuve? Trois gouvernements provinciaux ont envoyé leurs citoyens aux urnes au cours des deux derniers mois: nous, les Britanno-Colombiens et les Saskatchewanais. Or, chacune de ces élections a reçu une couverture médiatique plus que satisfaisante sur les ondes de Radio-Canada.

D’abord, l’élection néo-brunswickoise. Grâce à notre proximité du Québec, à notre population francophone et à notre statut de province bilingue qui en découle, l’élection néo-brunswickoise a souvent figuré comme première nouvelle au bulletin de fin de soirée.

Dans la dernière semaine de la campagne électorale, notre élection a souvent ouvert Le Téléjournal avec Céline Galipeau, et était le sujet de l’heure, discuté et débattu. De plus, la soirée électorale a été couverte en détail, diffusée en direct, avec des journalistes sur le terrain, même auprès des tiers partis comme le Parti vert. À l’émission The National sur CBC, nos élections ont bien sûr retenu l’attention, mais souvent la nouvelle était la troisième ou quatrième histoire de la soirée.

Pour ce qui est des deux autres élections, je ne dis pas que le diffuseur ont a fait une priorité, mais Radio-Canada a quand même couvert très adéquatement le scrutin dans ces deux provinces, la première étant la plus loin du bassin franco-canadien, la deuxième étant une province peu peuplée et très homogène linguistiquement parlant.

Néanmoins, chaque élection a reçu une belle couverture médiatique, et Radio-Canada a rapporté les résultats des deux soirées électorales avec des correspondants et analystes sur le terrain. C’est assez remarquable lorsqu’on y pense. Lundi dernier, après le Téléjournal, deux heures de couverture, avec commentateurs et analyses à l’appui, ont été consacrées à l’élection saskatchewanaise, une élection qui était presque gagnée d’avance. Pour une province qui compte une communauté de seulement 1700 francophones, je trouve ça impressionnant qu’ils aient eu droit à une telle couverture.

Parlons maintenant international. Radio-Canada offre une couverture de l’étranger qui n’a rien à envier à CBC. À titre d’exemple, la présente course électorale aux États-Unis. Ce qui me plaît particulièrement dans la couverture de Radio-Canada, c’est la vastitude de terrain couvert.

Au cours des trois dernières semaines, le correspondant sur le terrain, Frédéric Arnould, est allé en Floride, où il a rapporté la réalité sur les communautés des aînés qui s’entredéchirent à cause de leurs choix électoraux. Il s’est ensuite déplacé au Kansas, État rouge par excellence, pour dénicher une petite vague bleue démocrate qui y germe. Enfin, il s’est penché sur la réalité rurale-urbaine en Pennsylvanie, fief de Joe Biden, pour aller interviewer les fameuses banlieusardes, tant convoitées par les deux chefs de parti.

Mais cette couverture internationale va plus loin que notre voisin américain. Radio-Canada tend à couvrir des évènements qui ne retiennent peu ou pas l’attention chez CBC. Le désastre libanais à Beyrouth a été rapporté en détail. La récente tragédie en France a fait la manchette pendant toute une semaine à Radio-Canada; les téléspectateurs qui ont suivi le déroulement de ce massacre ont eu droit aux funérailles et au discours de Macron, ainsi qu’à toutes les analyses autour de la liberté d’expression que cette macabre nouvelle a entraînées. Et cette couverture de la France figure souvent au menu. Présentement, la situation de la COVID-19 en France, et du même coup en Europe, fait la une presque tous les soirs. Lors de l’élection française en 2016, Radio-Canada a consacré beaucoup plus de temps à cet évènement que CBC, allant jusqu’à couvrir et commenter la soirée électorale en direct. En fait, en règle générale, la francophonie locale comme internationale attire l’attention de Radio-Canada, alors qu’elle est absente chez son homologue au Canada anglais. Que ce soit une chicane sur le bilinguisme à Russell en Ontario, les ouragans à La Réunion, le tourisme à Saint-Pierre-et-Miquelon ou une élection truquée en République démocratique du Congo, je trouve que Radio-Canada, sans doute grâce à ses liens avec TV5 Monde, fournit une couverture de la francophonie qui reflète une appartenance plus large à la communauté francophone internationale. En tant que francophile, j’apprécie ces reportages.

Mais Radio-Canada n’est pas parfaite; il y a toujours place à l’amélioration chez le diffuseur national pour qu’il se prétende une chaîne franco-canadienne et pas franco-québécoise.

D’abord, le local. Lors de nos récentes élections provinciales, la journaliste qui les rapportait se situait souvent à Moncton, armée de son micro à un coin de rue quelconque. Par contre, le fait de la déplacer devant l’Assemblée législative à Fredericton, un geste simple mais plus onéreux, rehausserait le sérieux de ses reportages. Moncton peut bien être la Hub City, mais Fredericton demeure néanmoins la capitale provinciale et, en temps d’élections, j’estime que les journalistes se doivent d’être présents sur le terrain. D’autres gestes simples pourraient également refléter une meilleure identité pan-franco-canadienne. Par exemple, la fameuse image du pont Champlain illuminant le ciel montréalais conclut le Téléjournal presque tous les soirs. Pourquoi ne pas envisager de substituer cette image par la promenade Provencher à Winnipeg, la tour Bell à Moncton, ou tout autre symbole de paysage urbain en milieu francophone? Ce faisant, la chaîne reconnaîtrait les téléspectateurs francophones hors Québec, et rappellerait du même coup aux Québécois, et surtout aux Montréalais, que l’identité franco-canadienne existe bel et bien au-delà de la Belle Province.

En conclusion, étalons les faits. Les francophones canadiens hors Québec ne jouissent pas de l’embarras du choix auquel le public québécois a droit. Les chaînes comme LCN et TVA ne sont pas accessibles partout au Canada, et celles-ci se concentrent presque exclusivement sur les régions québécoises. Radio-Canada, quant à elle, se diffuse dans toutes les provinces. Elle offre un bulletin provincial tous les soirs à 18h pour rapporter les évènements régionaux avant de diffuser un bulletin national en fin de soirée. Et même si ce dernier se révèle parfois un peu «québécentrique», il étale bien une couverture de nouvelles qui ont ponctué la journée d’un océan à l’autre. Le style posé de Céline Galipeau, cheffe d’antenne chevronnée, l’attention prêtée à la francophonie canadienne, et les liens régulièrement fournis avec le reste de la francophonie et l’international méritent notre attention, et c’est pour ça que nous devrions tous rester à l’écoute de notre diffuseur national, Radio-Canada.

Peter Manson
Enseignant
Fredericton