Une liberté d’expression qui a des airs de persécution

Sylvette Basque
Néguac

Justin Trudeau a soulevé un tollé récemment quand il a déclaré qu’il y a des limites à la liberté d’expression. Tiens, tiens. Moi, je me demande s’il n’y a pas un brin de vérité dans la déclaration de notre chef national.

Dans un article de la CBC, on pouvait lire que notre premier ministre, Blaine Higgs, doit bientôt réviser la Loi sur les langues officielles qui, paraît-il, est source d’inquiétude, même si cette révision a lieu tous les 10 ans. Le parti People’s Alliance a déjà présenté ses doléances, souhaitant faire abolir le poste du commissaire aux langues officielles ainsi que de faire disparaître l’obligation d’offrir des services bilingues. Pas surprenant, venant d’un parti qui n’a jamais tourné autour du pot quant à son agenda envers les francophones. Mais là n’est pas mon point. Ce sont les commentaires qui ont suivi à la suite à cet article qui m’ont jeté par terre. Des commentaires autant méprisables les uns que les autres, mais un en particulier m’a frappé. Ce monsieur n’y est pas allé par quatre chemins. D’après lui, il devrait y avoir une deuxième Déportation et ne pas en rater un seul cette fois… Des dizaines de commentaires ont abondé dans le même sens.

La question je me pose ici: serait-il possible que la liberté d’expression nous donne le droit de persécuter, se moquer, de bafouer les autres qui nous «dérangent» au point de vouloir s’en débarrasser, même au sens figuré? Certes, nous sommes dans un pays libre, mais justement, est-ce que chacun d’entre nous n’a pas le droit d’être libre d’avoir sa propre langue, sa propre culture et la volonté de sauvegarder cette culture si difficilement acquise? Pourquoi faut-il toujours avoir à prouver que nous sommes des êtres à part entière? Toute cette méchanceté sur les médias sociaux, à quoi sert-elle? Au moment d’écrire ces lignes, c’est le capharnaüm aux États-Unis. Donald Trump, ce sinistre bouffon, menace déjà de contester les résultats des votes dans les états-clés. Et les Pro-Trump canadiens se font entendre, et leur agressivité est à son plus haut niveau. Justement Trump a toute une feuille de route en ce qui concerne la liberté d’écraser ses adversaires par ses moqueries publiques, ses mimiques et son attitude.

La semaine prochaine, on fêtera le jour du Souvenir, à la mémoire de tous ces soldats qui ont combattu au nom de la liberté. Nous avons le droit d’avoir nos idées, mais quand des idéologies nous sont imposées, on ne parle plus de liberté d’expression, mais de persécution. Et je suis certaine que nos valeureux soldats tombés au combat n’ont pas combattu pour que ceux qui rêvent d’un monde plus juste soient ridiculisés publiquement par des gens qui utilisent la liberté d’expression au détriment des autres.

Je termine sur cette pensée de Gandhi: «Il n’y aura jamais d’égalité tant qu’on se sent inférieur ou supérieur à autrui. Entre égaux, il ne saurait y avoir de la condescendance».