Si vous êtes tenté d’aller faire une fausse promenade, ne vous sentez pas coupable

Apparemment, les faux trajets des gens qui travaillent à la maison gagnent en popularité. Selon des spécialistes en ressources humaines, certaines personnes vont se promener en voiture avant de commencer leur journée de travail à la maison ou au moment de prendre une pause afin d’établir une certaine routine quotidienne.

Incroyable, quand même.

Peu de chiffres à l’appui, mais une suggestion qui fait réfléchir.

Il demeure bien sûr difficile de démontrer avec certitude si plusieurs le font, mais des indicateurs nous portent à croire que oui.

Par exemple, les ventes de café le matin en restauration n’ont pas chuté aussi dramatiquement que plusieurs analystes prévoyaient au début de la pandémie. Avec le télétravail, plusieurs s’attendaient à ce que les ventes au petit-déjeuner en restauration diminuent d’au moins 30%, mais cela ne s’est pas produit.

Les résultats financiers de Tim Hortons nous indiquent que plusieurs consommateurs se promènent toujours. Les ventes avant midi n’ont chuté que d’environ 11%, tandis que les salles à manger restent à peu près toujours vides. Il en va de même partout au pays.

Par ailleurs, le service au volant a plus que doublé par rapport à l’an dernier chez Tim Hortons, nous révèle un membre de la chaîne iconique canadienne.

Du côté d’A&W, même son de cloche. Susan Senecal, Présidente de la chaîne du premier restauvolant, mentionnait cette semaine que la plupart de ses restaurants reçoivent une visite régulière d’individus ou de familles qui sortent en voiture, sans pour autant visiter la salle à manger. Les gens se cherchent quelque chose à faire de tout simplement normal. Les ventes chez A&W ont diminué, mais comme chez Tim Hortons, il ne s’agit pas du scénario catastrophique anticipé au début de la pandémie.

Partout au pays, malgré un va-et-vient constant, les espaces de bureau demeurent toujours vides. Dans certaines villes, plus de 60% des personnes pouvant travailler à domicile le font toujours. Et puisque ce n’est pas tout le monde qui a une nouvelle cafetière à la maison et qui l’utilise à fond de train, ou cuisine tous ses repas, tout indique que certains visitent toujours discrètement les restaurants.

Pour les maux de tête que le transit au travail peut causer en subissant les bouchons de circulation ou en s’entassant dans un autobus ou une voiture de métro bondée, il semble maintenant que les déplacements quotidiens, autrefois tant détestés, pourraient apporter un certain avantage psychologique et mental.

Notre soif d’une certaine normalité, pour retrouver notre liberté d’avant COVID, semble manifeste. Une fausse promenade en voiture en destination de notre restaurant préféré pour prendre le café matinal ou un repas du midi semble procurer ce sentiment de normalité retrouvée.

La santé mentale se retrouve au cœur des discussions ces temps-ci. Faire semblant d’aller à notre ancien lieu de travail représente une toute petite solution innocente qui peut aider. Mais alors que de plus en plus de Canadiens continuent de travailler à domicile depuis le début de la pandémie, les experts disent qu’il devient très important de trouver des moyens de faire la transition entre le travail et la maison.

Une enquête récente menée auprès d’Américains par le Centre de recherche de politiques économiques a révélé que 35% des employés qui effectuaient du télétravail utilisaient le temps gagné sans faire la navette pour passer plus d’heures à travailler. Mais de plus en plus, selon cette même enquête, un nombre grandissant d’employés vont se promener en voiture ou utilisent le transport en commun aux mêmes heures, chaque jour, afin de sortir de la maison.

Les gens ressentent donc le besoin de se ressourcer, de prendre une pause, de se séparer physiquement de leur lieu de travail. Le restaurant devient le point d’ancrage psychologique quotidien pour plusieurs travailleurs.

Cela peut paraître bizarre de voir des gens se promener, acheter un café, un muffin, un sandwich pour simplement revenir à la maison par la suite. En effet, avec le télétravail, nous n’avons aucun moyen de nous séparer mentalement ou de nous remettre des exigences du travail. Le matin, nous n’avons pas le temps de réfléchir à la façon dont nous allons aborder notre journée, car nous sommes déjà dans le vif du sujet. Et le soir, lorsque nous avons terminé, nous n’avons pas le temps de nous arrêter et de penser à autre chose qu’au travail. Cela peut devenir drainant mentalement.

Alors, si vous êtes tenté d’aller faire une fausse promenade pour une gâterie et simplement revenir à la maison, ne vous sentez pas coupable.

Dr Sylvain Charlebois
Directeur principal
Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire
Université Dalhousie, N.-É.