Le silence: un film qui nous rentre dedans comme une masse d’acier

Cap-Pelé, une magnifique communauté acadienne forte et fière, a survécu à l’horreur du père Camille Léger. Courageusement, cette communauté enlève l’enseigne de Camille Léger sur l’aréna, geste symbolique, mais qui en dit long sur sa résilience. Elle s’est relevée, elle est en train d’exorciser ces horreurs et de se reconstruire. La force de l’âme humaine nous étonnera toujours! À l’image de l’Acadie qui aurait dû mourir, mais qui a refleuri.

Bravo et merci Renée Blanchar d’avoir osé exposer ce tabou destructeur et donné la parole aux victimes de ce prêtre pédophile dans le film Le silence.

Tout notre cœur et notre gratitude vont à ses hommes qui ont osé courageusement s’ouvrir et dénoncer les tortures qu’ils ont subies pour témoigner, non seulement pour eux, mais pour des dizaines d’autres qui ne pourront jamais en parler. Tous ces enfants qui ont eu leurs rêves, leurs vies brisées avant qu’ils puissent prendre leur envol.

Quelle tragédie et quelle perte humaine!

En parler, c’est ouvrir les vannes de l’horreur qu’ont vécu ces enfants, un pas vers la libération de ces viols qui ont détruit la vie de tant d’hommes et de leurs familles et qui, de façon effrayante, a changé le cours de leur existence à jamais.

En écoutant tous ces témoignages déchirants, celui des trois sœurs qui ont vécu le suicide de leur frère ainé enfant, celui de Me Michel Bastarache concernant un des survivants qu’il n’a pas réussi à sauver du suicide et, encore, celui d’une ménagère de curé qui pleurait son message: pourquoi l’Église ne leur a pas demandé pardon?

Il faut voir ce documentaire, aussi dur qu’il soit. Il faut écouter ces témoignages dévastateurs, on ne peut pas vraiment le raconter.

Le film nous rentre dedans comme une masse d’acier qui nous laboure les entrailles et nous déchire le cœur. Comment ne pas pleurer lorsqu’on comprend la démesure de ce prédateur sexuel. Celui qui symbolisait les pouvoirs de Dieu, contrôlant non seulement les jeunes, mais toute la population acadienne de ce village réfugiée dans l’Église, à la suite de notre tragique histoire.

On estime que la moitié des enfants de Cap-Pelé à l’époque de ce père Léger ont été abusés par lui.

On a aussi entendu un témoignage d’une victime brisée aux mains du père Lévi Noël qui a aussi abusé des garçons dans la Péninsule acadienne. Cette victime mentionne que les abus du père Léger étaient encore bien plus horribles, selon les témoignages reçus.

On apprend aussi dans le film que 26 prêtres de la Péninsule acadienne ont abusé des enfants, mais que le diocèse n’a pas dévoilé tous les noms.

Les abus sexuels de l’Église catholique ne sont-ils que la pointe de l’iceberg de notre société?

Les abuseurs de tout genre sont partout dans nos sociétés, là où une personne est en position d’autorité, de confiance ou de pouvoir auprès d’enfants ou d’adultes. On a qu’à penser à l’inceste dans les familles. Un sujet toujours tabou.

L’auteur Frédéric Martel, journaliste et sociologue, décrit un système qui perpétue une solide culture du secret dans l’Église, qui aurait permis de couvrir des scandales d’abus sexuels et de laisser des prédateurs agir pendant plusieurs années.

Selon lui, des «prêtres ont couvert les abus par peur que leur homosexualité puisse être révélée» en cas d’enquête.

Tout semble s’emboîter, c’est une semaine noire pour l’institution catholique. Elle a commencé avec le Vatican révélant que les papes Jean-Paul II et Benoit XVI n’ont pas remis le Cardinal Theodore McCarrick, de Washington, aux mains de la justice, car ils n’avaient pas été bien informés. Permettant aussi à cet autre prédateur sexuel de continuer, pendant longtemps encore, de violer des enfants et des jeunes séminaristes jusqu’au moment où le Pape François le renie, en lui enlevant son titre de cardinal, une première, et de prêtre.

On constate que la structure, la fondation de l’institution catholique, le pouvoir qu’on s’est donné au nom de Dieu, la hiérarchie, l’argent, la misogynie, le célibat des prêtres sont des éléments qui ont contribué à créer ce terrain fertile pour cacher les pédophiles et les abuseurs de tout acabit au sein de l’église catholique, toute puissante.

Les loups se sont introduits dans la bergerie, mais au lieu de les chasser, on les déplaçait d’une paroisse à une autre ou on les promouvait vers le haut de la hiérarchie catholique.

Après tout, que vaut la parole d’un enfant, d’une mère ou d’un père de famille devant les seigneurs de l’Église, même jusqu’à tout récemment?

À quand une commission de pardon et de réconciliation de l’Église catholique auprès des victimes et des communautés de Cap-Pelé, des diocèses de Bathurst ou de Moncton en particulier?

Pourquoi l’Archevêque de Moncton, Mgr Valérie Vienneau, pourtant natif de Cap-Pelé, a-t-il refusé de parler dans le film et ainsi manqué l’occasion de présenter le pardon de l’Église catholique?

Il faut se rappeler que Jésus a chassé les marchands du temple et que l’Église n’est pas Dieu. Il semble que l’Église s’est perdue quelque part et qu’elle s’est écartée de ses valeurs.

Cette institution millénaire doit changer! Si elle ne change pas, elle tombera et ce sera une bonne chose, car la vraie parole de Dieu aura la chance de renaître de ses cendres, son amour et sa compassion refleuriront avec elle.

Lucie LeBouthillier
Bas-Caraquet