Le défi démographique et les droits linguistiques?

Depuis les dernières décennies, les leaders acadiens martèlent avec vigueur et avec raison, l’importance des droits linguistiques. Le plus haut tribunal du pays a grandement contribué à l’essor des principes en matière d’interprétation des droits linguistiques, pavant ainsi la voie à une plus grande reconnaissance des droits des francophones du Nouveau-Brunswick.

Hélas, les lois sur les langues officielles fédérale et provinciale ne peuvent à elles seules assurer l’épanouissement et le développement des communautés francophones. Malgré les progrès importants à ce chapitre depuis les années 1980, nous constatons un déclin non négligeable de la population francophone au Nouveau-Brunswick depuis 1991. Ce déclin est encore plus marqué dans la partie nord en raison de l’exode de la population active, combinée au faible taux de natalité.

Dans une démocratie comme la nôtre, le poids démographique des francophones est très important pour conserver les services gouvernementaux et les institutions. Les droits linguistiques ne peuvent pas tout régler et il est temps que l’Acadie prenne les choses en main si elle souhaite renverser cette tendance démographique. Il ne faudrait pas attendre les prochaines menaces de fermetures d’écoles avant d’agir. Les enfants sont les poumons d’une communauté. Sans enfants, il n’y a pas d’écoles, peu importe les droits linguistiques. Et sans écoles, les possibilités réelles de développer une communauté sont réduites à néant.

Les leaders politiques des gouvernements fédéral, provincial et municipal semblent comprendre l’importance des défis démographiques, mais il ne semble pas y avoir un sentiment d’urgence sur cette question puisque les solutions tardent à venir. L’Acadie doit mettre en place de vraies conditions gagnantes qui convaincront sa jeunesse de s’établir dans les communautés du nord pour y fonder une famille. Le problème démographique ne sera pas résolu à lui seul par le simple fait de stopper l’exode de la population.

L’Acadie a un urgent besoin de renfort des nouveaux arrivants. Il lui faut accueillir des immigrants francophones partout dans la province et surtout dans les régions du Nord pour qu’ils s’établissent et veulent y rester. Ce pari n’est pas gagné d’avance. Une étude récente publiée au début de cette année par le New Brunswick Institute for Research, Data and Training du New-Brunswick University et intitulée: Immigrant retention in New Brunswick – Results from Biznet and Citizen Database révèle qu’environ la moitié des immigrants que nous avons accueillis dans la province, entre 2005 et 2017, ont quitté le Nouveau-Brunswick dans les cinq premières années.

Les statistiques chez les immigrants francophones ne sont guère plus reluisantes. Alors que les efforts pour attirer les immigrants au Nouveau-Brunswick semblent être en croissance, qu’en est-il des efforts de rétention? L’Acadie doit non seulement accueillir un important nombre d’immigrants francophones, mais si elle veut les convaincre de rester, elle va devoir leur donner d’excellentes raisons. Les communautés acadiennes doivent tendre la main aux immigrants et les inviter à la table de discussions et de décisions pour qu’ils se sentent accueillis et fassent partie de cette belle famille acadienne. Une Acadie moderne doit comprendre que sa force réside dans sa capacité d’accueillir et d’intégrer des nouveaux visages et des nouveaux noms dans sa famille. En agissant ainsi, elle aura une voix forte aux multiples accents!

Charles Gervais
Chef du Contentieux
Assomption Vie

Leyla Sall
Professeur de sociologie
Université de Moncton

Benoit Bolland
Chargé de cours
Université de Moncton