Dénoncer le crime du silence

Léon Robichaud
Shippagan

La cinéaste Renée Blanchar est une éveilleuse de consciences. Dans les chaumières, son film sur le silence clérical fait jaser. Mme Blanchar contribue certes à faire évoluer les mentalités vers une plus grande transparence.

Tout d’abord, briser le silence domestique serait aussi nécessaire que de briser le silence clérical. Le mot domestique, tiré du latin, concerne la vie à la maison, la vie en famille. Comme le mentionnait Lucie LeBouthillier dans le journal du 17 novembre, les abus sexuels de l’Église catholique ne sont-ils pas la pointe de l’iceberg de notre société?

En plus, le métier de confesseur exercé depuis plus de 50 ans dans plusieurs pays m’a donné l’occasion d’entendre plus de 30 000 confidences. Maintenant, Mme Blanchar, vous devez oser exposer le tabou domestique. Face au silence criminel d’une institution, n’oubliez pas le silence criminel domestique.

Pour continuer, l’abus affectif est un crime que ni le droit canon ni le droit pénal ne reconnaissent. J’ai appris que l’on peut forcer l’intimité d’un enfant en lui caressant la main, et en voici un exemple.

«Cette caresse de grand-père, loin d’être anodine, m’atteignait jusque dans mon intimité d’enfance. Quand je refusais, mes parents me traitaient d’égoïste, après tout ce que grand-père me donnait», me racontait une femme. De simples gestes en apparence font ainsi entrer une personne jusqu’aux limites de l’inconfort et ouvre la porte à un abus possible. Il y a des déviations sexuelles chez les adultes qui remontent même à la façon dont ils ont été lavés dans leur petite enfance.

Pour conclure, rien n’est plus catastrophique que de méconnaître de petits gestes affectueux aux apparences anodines.