Abus sexuels dans l’Église: à quand une commission d’enquête en Acadie?

Renée Blanchar
Cinéaste
Caraquet

Au moment de la sortie de notre documentaire, Le Silence, un rapport accablant était rendu public par le Vatican autour de l’affaire Theodore McCarrick, ce cardinal américain accusé d’abus sexuels sur des mineurs et de jeunes séminaristes. L’enquête démontre clairement comment l’Église a préféré le silence à la vérité pendant des décennies, et ce, jusqu’au Vatican.

Le 25 novembre, c’est au tour de l’Église de Montréal d’être pointée du doigt dans un rapport qui établit, sans l’ombre d’un doute, que les autorités cléricales québécoises ont ignoré et/ou camouflé les nombreuses inconduites sexuelles de l’ancien prêtre Brian Boucher, condamné l’année dernière à huit ans de prison (peine similaire à celle de Lévi Noël!) pour des actes pédophiles.

Tout comme Yvon Arsenault en Acadie, Brian Boucher a été laïcisé au Québec.

Depuis la sortie de notre film, Le Silence, la mise en place d’une Commission d’enquête sur la gestion, par l’Église catholique, de centaines de cas d’abus sexuels d’enfants en Acadie, paraît plus que jamais nécessaire.

Loin d’être futile, cette démarche vers la vérité aiderait les survivants et leur famille à se rétablir et permettrait au reste de la population de comprendre l’étendue du fléau – tenu sous silence pendant des décennies – dont les répercussions pernicieuses sont encore présentes dans pratiquement toutes nos communautés.

En levant le voile sur ce qui s’est passé, en expliquant le modus operandi de l’Église et de ses prêtres déviants, en identifiant les coupables comme les complices du silence, un rapport d’enquête permettrait d’aller une fois pour toutes au fond des choses.

Cette vérité, nous la méritons.

Plus tôt cette semaine, les autorités municipales de Cap-Pelé, par le biais d’un communiqué de presse, reconnaissaient ce qui s’est passé dans leur village, saluaient publiquement les survivants et formulaient le vœu que cela ne se reproduise plus jamais. Quel formidable soutien que celui-là! Quelle libération! Quel pas en avant!

L’ensemble de la société civile acadienne doit non seulement appuyer Cap-Pelé, mais aller plus loin, en réclamant la tenue d’une enquête pour que s’amorce, enfin, une véritable guérison. Celle-ci aura très certainement une incidence positive sur le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur le monde. Maintenant et pour les générations à venir.

Une Commission d’enquête indépendante, commandée par l’Église catholique, par exemple, serait une preuve tangible que cette volonté de transparence, évoquée par une certaine autorité cléricale, n’est pas seulement une opération de relation publique (voire une tentative de diversion), mais qu’elle est bien réelle. C’est la seule réponse satisfaisante que les dirigeants de l’institution religieuse puissent offrir à des décennies de silence. Ce geste essentiel de réconciliation, l’Église doit également le poser pour elle-même et pour ceux et celles qui lui restent fidèles.