Comment accentuer la priorité à accorder à l’immigration au N.-B.

Le récent discours du Trône proclamant haut et fort qu’il est devenu impératif «d’imaginer le Nouveau-Brunswick autrement», est en fait un appel du pied aux principaux dirigeants du développement économique, des entreprises et des communautés de toute la province, depuis que la pandémie s’est répandue au printemps dernier.

Malheureusement, ce discours ne propose pas de feuille de route précisant comment s’y prendre pour accroître la population par l’immigration.

Confronté à des pénuries de main-d’œuvre, qui devraient se traduire par 120 000 emplois non pourvus au cours de la prochaine décennie, dans son discours du Trône, le gouvernement fait référence à la nécessité de favoriser l’immigration par l’accueil de quelque 7500 nouveaux arrivants chaque année, voire même jusqu’à 10 000, d’ici 2027, mais la déception lui pend au nez!

En effet, le moment est venu de relancer l’économie du Nouveau-Brunswick. Mais il s’agit, ni plus ni moins, d’une aspiration fictive qui ne tient pas compte de vérités indéniables, notamment que les communautés ne peuvent soudainement devenir dynamiques et durables à partir de taux de natalité historiquement bas, d’un exode soutenu des jeunes ni d’une population canadienne qui vieillit rapidement.

Sans enfants, il n’y a pas de système éducatif de classe mondiale. Sans assiette fiscale, il n’y a pas de soins de santé durables pour nos centres ruraux et urbains.

Sans une attention immédiate et générationnelle portée à la croissance démographique, il sera futile de vouloir redynamiser les services gouvernementaux… puisqu’il n’y aura pas de services gouvernementaux!

Comme l’a souligné le premier ministre, un tiers des ménages néo-brunswickois ne touche pas un revenu suffisant pour payer des impôts. Qui plus est, nous sommes sur le point de perdre quelque 120 000 contribuables actifs d’ici à 2030.

Heureusement, le modèle de relance de l’économie du Nouveau-Brunswick par l’immigration existe déjà. Avant le confinement du printemps, notre population, notre main-d’œuvre et notre économie connaissaient un certain élan. Nous étions alors sur la bonne voie – l’ingrédient clé était l’immigration.

En 2017, lorsque le gouvernement libéral fédéral a lancé le Projet pilote d’immigration au Canada atlantique (PPICA), un nombre record de travailleurs immigrants qualifiés, accompagnés de leurs familles, sont venus au Nouveau-Brunswick – environ 4600 en 2018 et 6000 en 2019, un chiffre sans précédent.

L’impact économique a été indéniable, ces travailleurs gagnant un salaire moyen de 60 000$, ce qui a permis d’ajouter des millions à l’économie. De plus, ils occupaient des postes qui, autrement, n’auraient pas été pourvus.

Pour comprendre l’importance de cette question, il suffit de se remémorer les événements du printemps dernier, lorsque les propriétaires d’usines de transformation du poisson et les agriculteurs ont laissé entendre que leurs activités étaient dysfonctionnelles sans le recours aux travailleurs migrants.

Pour être clair, la fermeture de nos frontières a peut-être contribué à assurer la sécurité des Néo-Brunswickois, mais nous devons, comme le dit le premier ministre, nous remettre dans le bon sens, et ce, rapidement, pour entreprendre la reprise post-COVID-19.

Le gouvernement fédéral se dit prêt à travailler avec la province pour augmenter les niveaux d’immigration et stimuler le renouveau économique au cours des trois prochaines années.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick devrait tirer parti de cet engagement et chercher à le renforcer.

En fait, «imaginer le Nouveau-Brunswick autrement» pourrait être aussi simple que de revisiter notre passé. N’oubliez pas que notre province est née de l’immigration.

Par exemple, entre 1815 et 1860, notre population a augmenté de 500%, passant de 50 000 à plus de 250 000 personnes. Saint-Jean était même le troisième plus grand centre de l’Amérique du Nord britannique!

Quand on pense à la fière province qui a été construite par des gens venus de pays lointains et prêts à mourir pour avoir la possibilité de venir ici, ou par ceux qui ont fui les persécutions nées de la Révolution américaine, il n’est pas exagéré de croire que nous pouvons nous renouveler, nous recréer, et prospérer aujourd’hui.

Un scénario optimiste de 10 000 immigrants par an d’ici à l’année 2030 ne constitue pas une garantie de succès. Un tel objectif politique laissera sans aucun doute plus de 30 000 emplois non pourvus.

Le temps d’ouvrir tout grand les bras à l’avenir est arrivé. Cela commence par l’accueil de milliers de personnes et de familles qui attendent de faire du Nouveau-Brunswick «leur domicile». C’est par cela que passe la réinvention du Nouveau-Brunswick.

Matt DeCourcey
Attaché supérieur de recherche au Centre Pearson pour des politiques progressistes