La continuité dans la comptabilité et la médiocratie

Il semble que ce n’est pas demain que le Nouveau-Brunswick sera remué par un mouvement progressiste.

Les partis politiques qui sont au pouvoir successivement, dans cette province, favorisent la continuité dans la comptabilité et la médiocratie.

Les organismes de femmes, de pauvres, d’étudiants, de travailleuses et travailleurs font, sauf exception, dans la livraison de services, maintenant ainsi le statu quo.

Vu l’absence de contestation, tout va donc bien dans le plus beau des mondes?

Pour sûr que non. Disons que nous sommes actuellement dans un temps mort pour le progressisme – une situation surtout attribuable aux forces anti-progressistes, néolibérales ou néoconservatrices.

Bien sûr, des individus et certains organismes demeurent progressistes. Mais ils ne rencontrent ni les occasions, la politique, ou assez de camarades de route, pour agir efficacement en vue d’une transformation des structures et d’une amélioration des conditions de vie du petit monde.

N’est-ce pas dans ces temps morts qu’on arrime les amarres, qu’on sèche l’équipement, qu’on se prépare?

Idéalement, on mettrait de l’ordre dans les organismes paragouvernementaux, dont le mandat exige un travail de justice sociale.

  • La Commission des droits de la personne;
  • Le Conseil des femmes;
  • La Société d’inclusion économique et sociale (en d’autres mots, réduction de la pauvreté);
  • Le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale. Oui ça existe, depuis 12 ans. Non, je n’ai pas d’autres preuves, mais on me dit que c’est un comité utile à ceux qui veulent pouvoir dire qu’un comité existe.

Il y en a d’autres.

Ils sont plutôt invisibles alors qu’ils ont le mandat d’être de l’avant.

Une partie du blâme pourrait leur être attribuée, parce que d’autres ont fait mieux avec les mêmes outils.

Mais surtout, c’est à se demander pourquoi, étant donné leur mandat, ces organismes n’ont pas une meilleure situation, et pourquoi ils ne revendiquent pas une meilleure situation pour leur cause. Plus de pouvoirs, plus d’indépendance, plus de ressources.

Et pourquoi pas, dans certains cas, revendiquer le statut d’agent de l’Assemblée législative.

Le Nouveau-Brunswick a huit de ces agences qui répondent à l’Assemblée. Le bureau des élections, des langues officielles, de l’intégrité, de la Vérificatrice générale, de l’Ombudsman, du Défenseur des enfants, du Défenseur des aînés, du Défenseur du consommateur en matière d’assurances.

Comme si les femmes, les personnes en quête de leurs droits, les pauvres, ne valent pas le consommateur en matière d’assurances.

Un organisme qui répond à l’Assemblée, au lieu de répondre à un ministre ou un sous-ministre, et dont le responsable est «haut fonctionnaire de l’Assemblée», eh bien, cet organisme se prend au sérieux, et on le prend au sérieux.

Pensez à l’impact et à l’écoute qu’ont les énoncés et les rapports du Défenseur des enfants, de l’Ombudsman, de la Vérificatrice générale…

Les organismes qui ne font pas partie de ce groupe d’élite, mais qui ont des mandats tout aussi importants, sont les «cousins pauvres».

Ils en arrivent souvent, sauf exception, à être davantage de service à ceux qui les ont créés – devenant de ces objets qu’on sort du tiroir et montre à la visite – bien plus qu’aux groupes ou aux causes qui sont leur raison d’être.

Il arrive que les groupes soient surpris d’apprendre que ces entités existent pour les aider.

  • La Commission des droits de la personne est un repositoire de plaintes;
  • Le Conseil des femmes semble être frappé d’une incapacité inconnue;
  • La Société d’inclusion n’a pas les pouvoirs de ses responsabilités, mais joue le jeu;
  • Le Comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale se contente d’être un forum de discussion entre fonctionnaires.

Prenons un exemple détaillé. On a dernièrement parlé de la Commission des droits de la personne du Nouveau-Brunswick parce que quelqu’un a remarqué son absence sur le champ de bataille. Non pas qu’elle a alors répondu présente.

Les propriétaires de logements discriminent ouvertement, pullulent les petites annonces avec des logements à louer «Pas d’enfant». C’est illégal depuis 1967.

Le public ne voit pas de dénonciation ou d’action venant de la Commission. Surtout, cette commission ne conteste pas l’inadéquation entre ses pouvoirs et ses responsabilités.

Elle met le fardeau sur les victimes, les invite à entamer un parcours d’endurance: déposer une plainte qui aboutira possiblement dans deux ans à une résolution, qui leur sera peut-être favorable.

Deux ans à vivre dans la rue, ici on le peut? Les propriétaires rient de nous et cette discrimination continue grâce à ces organismes figés.

Quand ces créatures du gouvernement ne sont pas adéquates à la tâche, c’est souvent parce que leurs pouvoirs ne sont pas adéquats, mais aussi parce qu’ils acceptent de jouer le jeu.

On te demande de laver la place, mais il n’y a pas d’eau? Qu’est-ce que tu fais? Tu fais semblant de laver la place.

Ces organismes, ces conseils d’administration formés de personnes bienveillantes, décident de ne pas déclamer qu’ils ne peuvent pas remplir le mandat? C’est quoi ça?

En 1989, Charles Ferris, juriste respecté, conseiller juridique de l’Ombudsman du Nouveau-Brunswick, accepte la commande du gouvernement d’examiner la Loi sur les droits de la personne du Nouveau-Brunswick et de proposer des réformes.

Le Nouveau-Brunswick était fier de sa Commission des droits à la suite de sa création, en 1967, elle était alors un beau modèle, mais elle n’avait pas encore eu l’impact sur la société qu’on croyait qu’elle aurait.

Quelques mois plus tard, le rapport Ferris – 150 recommandations, 300 pages – cité encore aujourd’hui, propose que la Commission soit bien plus autonome.

«La protection des droits de la personne devrait relever du gouvernement dans son ensemble:

  • que soit établi un comité du Cabinet formé des ministres qui ont la responsabilité des traités internationaux sur les droits de la personne;
  • que soit établi un comité permanent sur les droits de la personne relevant de l’Assemblée législative;
  • que la Commission relève de l’Assemblée par l’intermédiaire de ce comité;
  • que le président et les commissaires puissent seulement être révoqués sur adresse de l’Assemblée.»

Peu a changé.

La Commission est revenue à la charge en 2004, redemandant cette autonomie.

Autre que l’ajout à leur charge de travail – de sept motifs de discrimination, on est rendu à 16 -, leur statut demeure le même.

Ma loyauté est aux personnes qui méritent mieux, à l’élimination de cette violence qui est la discrimination et l’exploitation.

Pas aux organismes ou aux fonctionnaires qui «font de leur mieux», qui, censés être solution, deviennent problème.

Rosella Melanson
Fredericton