Accusé, jugé et condamné publiquement

L’Église catholique apparaît perdue et déconnectée de la réalité des personnes qu’elle souhaite guider. Elle n’a pas su ou pu faire le virage d’une religion basée sur la peur et le péché vers une religion appuyée sur l’amour et la rédemption. Elle n’a pas évolué au rythme de la réalité d’aujourd’hui et de nos sociétés ouvertes sur l’humanisme et le positif.

Il apparaît que l’évêque de Bathurst a voulu démontrer la transparence de l’Église en jetant en pâture dans l’arène publique le père Patrick McGraw.

Pas édifiant pour une Église qui dit enseigner le pardon: accuser, juger et condamner publiquement un de ses prêtres, à la suite d’une plainte d’une relation intime entre deux adultes consentants, une relation inappropriée selon les standards de l’église.

La GRC, quant à elle, a indiqué n’avoir reçu aucune plainte.

Était-il nécessaire d’humilier et de détruire la réputation de ce prêtre qui n’a pas eu d’autres choix que de quitter les ordres?

L’Église avait-elle à lui jeter la première pierre?

L’amour, l’empathie, le pardon, jetés par la fenêtre!

Cela illustre que l’institution catholique est déconnectée des réalités d’aujourd’hui et en contradiction entre ce qu’elle prêche et ce qu’elle fait.

Je pense, comme beaucoup de gens qui n’oseront jamais le dire, encore moins l’écrire, que l’Église doit porter une responsabilité pour exiger de ses prêtres qu’ils soient inhumains.

En demandant à son clergé d’étouffer ou de nier leur sexualité, elle pave la route à toutes sortes d’abus et de distorsions chez ces hommes.

Cette institution, on le sait maintenant, a caché des horreurs et des crimes de toutes sortes tant auprès des enfants, mais aussi entre eux et avec d’autres adultes.

On peut se demander si on n’a pas voulu faire du père McGraw un exemple dans la foulée de la sortie du film Le Silence, sur les atrocités du père Camille Léger auprès de centaines d’enfants de Cap Pelé, afin de redorer son blason?

Les gens ont abandonné l’Église en masse, car elle les a faillis. Ils n’y retrouvent plus de réconfort et d’appui à leur humanité.

Un fossé énorme s’est creusé entre ce que les gens vivent et son enseignement collé à des modes de pensées et de fonctionnement archaïques qui ne les rejoignent plus.

Sa hiérarchie basée sur l’obéissance aveugle, sur le contrôle et le pouvoir, sa misogynie légendaire envers les femmes, son refus d’accepter que les êtres humains en besoin d’exprimer leur sexualité.

Tout cela a poussé les gens à se tourner ailleurs pour trouver les réponses à leur raison d’être sur la terre et pour guider leur vie.

L’institution catholique doit continuer à faire son examen de conscience. Elle a commencé, à la suite des scandales des prêtres pédophiles et toutes les autres formes d’abus. Elle devra, entre autres, permettre le mariage aux prêtres, la prêtrise aux femmes, accueillir l’homosexualité et la diversité des genres. Elle devra se faire humaine comme elle nous enseigne que Dieu l’a fait en envoyant son fils sur la terre.

Lucie LeBouthillier
Bas-Caraquet